• Emilie et Ophélie

E comme... Enfant naturel et déclaration de grossesse

Mis à jour : 1 déc. 2019

Sous L'Ancien Régime, être une femme célibataire ou veuve n'était pas un statut particulièrement envié. Alors imaginez si ces femmes seules tombaient enceintes. Montrées du doigt par la société de l'époque, elles devaient en plus élever seule leur enfant dans le cas où le père ne le reconnaissait pas. Pour la plupart de ces femmes, apprendre leur grossesse n'était pas une bonne nouvelle.

C'est dans ce contexte que l'édit de 1556 promulgué lors du règne d'Henri II et repris plusieurs fois (comme en 1585 par un second édit sous le règne d'Henri III et en 1708 sous Louis XIV), oblige les femmes non mariées ainsi que les veuves enceintes à déclarer leur grossesse devant une autorité judiciaire, telle qu'un lieutenant de justice ou un notaire. Cette déclaration avait en effet pour but de lutter contre les avortements et les infanticides, voire même contre les abandons, tous trois courants à l'époque. Pour celles qui cachaient leur grossesse et dont le bébé ne survivait pas, elles pouvaient être accusées d'infanticide et condamnées à mort. Tous les trois mois, lors de la messe, les prêtres se chargeaient de rappeler cet édit. Peut-être avez-vous dans votre généalogie une de ces femmes célibataires, ayant eu un ou plusieurs enfants, sans que l'on connaisse pour autant l'identité de leur père. Ces enfants sont des enfants dits naturels, ou encore illégitimes. Un enfant naturel est un enfant conçu hors mariage, à l'inverse des enfants légitimes. Lorsque l'enfant vient au monde, ses parents s'ils sont connus, apparaissent sur l'acte de naissance. Dans le cas où seule la mère est connue, il est alors noté "père inconnu". Cependant, ce n'est pas parce que l'on connaît le nom de la mère, que cette dernière a reconnu son enfant. Pour cela, il faut que la mère fasse la démarche de reconnaissance de l'enfant. Or, il arrivait qu'elle l'élève sans pour autant le reconnaître. Dans ce cas, l'enfant n'avait pas de droit et de ce fait pas d'héritage. Mais bien souvent, les femmes concernées n'avaient pas forcément de biens à leur léguer. Ne pas reconnaître son enfant après sa naissance ne veut pas dire non plus que l'enfant ne sera jamais reconnu. Il arrive parfois qu'il le soit tardivement, même des années après, que ce soit d'ailleurs par sa mère et/ou son père. Cette situation arrive souvent lorsque l'enfant se marie. J'ai dans ma généalogie un enfant naturel. Sa mère vivait seule avec sa propre mère et sa profession était notée comme telle : "propose ses services". Je me suis demandée ce que je devais comprendre par là. Puis j'ai lu dans un ouvrage sur l'histoire sociale du XVIIIème siècle qu'une mère allaitante ayant assez de lait pouvait en donner à celles qui n'en avait pas et proposer ainsi ses services. C'est une piste qu'il va falloir que je creuse. En ce qui concerne le père, aucune indication sur l'acte de naissance de l'enfant.

Comment faire alors pour avoir une chance de connaître son identité ? Dans ce cas là, les déclarations de grossesse peuvent être très utiles. En effet, on y trouve de nombreuses informations concernant la femme enceinte, comme son nom et celui de ses parents, son lieu d'origine, son âge. On y trouve parfois également les circonstances dans lesquelles la femme est tombée enceinte, d'autant plus s'il s'agit d'un viol. Enfin, si la future mère communique le nom du père, celui-ci est alors consigné dans l'acte. Ce qui fait de ce document une mine d'informations précieuses.

Si ces mères célibataires sont mal vues et ont parfois plus de mal que les autres à se marier, ce n'est heureusement pas mission impossible. Un homme peut tout à fait choisir de prendre pour épouse une femme ayant déjà eu un ou plusieurs enfants. Parfois, l'homme est tout simplement le père biologique des enfants mais le couple n'était pas marié au moment de la naissance et ne se marie qu'après. Ce n'est bien sûr pas toujours le cas, l'homme peut aussi ne pas être le père. Dans tous les cas, lorsqu'un homme épouse une femme célibataire ayant déjà des enfants, un choix s'offre alors à lui : reconnaître ou non l'enfant de son épouse. S'il le reconnaît, et le légitime par le mariage avec sa mère, alors l'enfant peut prétendre à l'héritage, que cet homme soit ou non son père biologique. En plus de ses biens à sa mort, l'homme donne également à l'enfant son nom de famille.

Peut-être avez-vous également parmi vos ancêtres des enfants nés de parents inconnus. C'est le cas de Jean LESBEGUERIS, un de mes ancêtres, né en 1780 de père et de mère inconnus.



Ces enfants sont des enfants abandonnés et/ou trouvés. La décision pouvait être prise par le père et la mère : par exemple un couple ayant plusieurs enfants pour lesquels ils ont du mal à subvenir aux besoins faute d'argent et qui ne peuvent pas en accueillir un nouveau. La décision peut aussi être prise par la mère seule. Dans ce cas, le père pouvait ne pas être au courant de la grossesse, ou l'être mais ne pas vouloir assumer sa paternité.

Et vous, avez-vous des mères célibataires dans votre généalogie ? Des enfants nés de parents inconnus ? Avez-vous réussi à découvrir l'identité du père d'un de vos ancêtres grâce à une déclaration de grossesse ?


Edition d'Emilie

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