• Emilie et Ophélie

Hauts les cœurs, ce sont les vacances !


Antigny en Vendée, année 1886. Louise ROY est une "jeune" cultivatrice de... 78 ans !


On dit que le travail c'est la santé... Serait-ce vrai pour elle ? A-t-elle eu quelques répits tout de même ? Ou a t'elle travaillé toute sa vie sans jamais s'arrêter ?


A bien y réfléchir, si je croise dans mes recherches un certain nombre d'ancêtres ayant un âge avancé et travaillant encore (parfois pour aider leurs enfants et leurs familles), je n'ai pas encore trouvé de documents mentionnant "... est parti en congés le... en confiant sa ferme à un voisin". 

Si vous avez en votre possession un document de ce genre, je vous en conjure prévenez-moi !

En attendant de trouver une telle pépite, je vous propose de remonter le temps pour une histoire... Des vacances !

Mois d'Août 2020 : il fait beau, il fait chaud, très chaud... Trop chaud même ! Bon nombre d'entre vous sont sûrement partis en vacances en juillet et reviennent à présent chez eux, bronzés et plein d'énergie pour attaquer une nouvelle année scolaire... Quand d'autres préparent seulement leurs valises rêvant déjà à la promesse des cocktails colorés et des doigts de pieds en éventail ! Covid oblige, ce ne sera pas à l'autre bout du monde cette année... Mais qu'importe, les vacances restent les vacances !

Nous sommes d'accord, si vacances il y avait pour nos ancêtres, ce ne devait certainement pas être à l'image des nôtres, appareil photo autour du cou et GPS dans la voiture... Et pourtant, le fait de quitter son domicile lors de la période estivale ne date pas d'aujourd'hui...


Déjà dans l'antiquité, lorsque que la chaleur se fait trop oppressante, les riches romains partent de Rome, fuyant ainsi la canicule. C'est d'ailleurs dans ce but que l'empereur romain Hadrien se fait bâtir une villa vers Tivoli.

Ce phénomène se retrouve également au Moyen-Age : avec les grosses chaleurs, les élites fuient la ville étouffante pour se réfugier à la campagne, loin des mauvaises odeurs (accentuées avec la chaleur) et des maladies qui y sont liées.... Pourtant, ces déplacements ne peuvent pas s'apparenter à de réelles vacances telles que nous les connaissons, et ne concernent d'ailleurs que les familles aisées.


Par ailleurs, en cette période médiévale, il existe d'autres raisons de se déplacer, et notamment lors des jours chômés. Elles sont essentiellement religieuses avec :

  • Les fêtes religieuses et les hommages aux saints patrons. Pour les chrétiens, le dimanche est le jour du seigneur et ils ne travaillent pas. En ce jour de repos, pas question pour autant de louper la messe dominicale !

  • Les pèlerinages. Tous, quelque-soit leur condition, peuvent partir vers des lieux saints et se recueillir sur le tombeau ou devant les reliques d'un Saint (comme par exemple Saint Jacques de Compostelle ou Jérusalem). Les pèlerins peuvent marcher plusieurs milliers de kilomètres, parcourant des routes parfois dangereuses. La piété n'est pas toujours la seule motivation, et elle s'accompagne parfois d'un véritable esprit d'aventure et d'une envie de découvrir du pays. Peut-être certains jeunes gens y voient-ils également un bon moyen de fuir la pression familiale...

C'est à cette époque, où beaucoup de nos ancêtres se pressent sur les routes, que l'expression "qui dort, dîne" prend tout son sens. Si cette expression française est aussi apparentée au poète grec Ménandre qui affirmait que le sommeil permet de nourrir celui qui n'a pas de quoi manger, les aubergistes du XVIIIème siècle la remettent au goût du jour en obligeant ceux qui passent la nuit à l'auberge à y prendre également le dîner. 

Et les enfants alors dans tout ça ? Ont-ils pour leur part droit à des vacances ?

Et bien en 1231, le pape Grégoire accorde aux écoliers des congés d'un mois... Pour les travaux agricoles. En effet, lors de la période des vendanges et des récoltes les parents ont bien souvent besoin des bras de tous et les enfants arrêtent alors pour un temps leurs études pour se consacrer à aider leurs aînés. Pas de grand voyage au programme donc... Au contraire des enfants de bonne famille du XVIIIème siècle. En effet, ces derniers sont encouragés à voyager en Europe pour parfaire leur éducation. C'est ce que l'on appelle alors Le Grand Tour. Périple d'environ un an, cette traversée de l'Europe est effectuée par les jeunes gens de la haute société (surtout les jeunes hommes), accompagnés d'un précepteur. Cette pratique qui débute au XVIème siècle, atteint son apogée au siècle des Lumières. Peut-être un avant-goût des voyages Erasmus ?

A cette même époque, la mer et la montagne, auparavant vus comme des lieux hostiles à l'homme, sont reconsidérés. Jusqu'à présent, la mer était réservée à la pêche et au travail lié à la mer en général. Mais c'était sans compter l'avancée de la médecine : les médecins anglais, puis européens, commencent à conseiller les bains de mer pour soigner certaines affections. C'est ainsi que certains citadins cherchant à préserver leur santé ou à guérir d'un mal tel que la tuberculose ou les rhumatismes partent alors pour le bord de mer. (Pour ceux qui ont regardé ce film étant petits ou qui le regardent encore, il me semble bien que Sissi soit partie soigner une pneumonie ou une tuberculose à Madère... Ma mémoire me fait défaut je m'en excuse, la dernière fois que j'ai vu ce film ce devait être pendant mon enfance chez ma grand-mère...). Cette mode des bains de mer se développe de plus en plus et au XIXème siècle apparaissent les stations balnéaires (le long de la Manche, sur la côte d'Azur, sur la côte Atlantique (Biarritz), à Deauville). La santé préoccupe et la volonté de prendre soin de soi amène les riches anglais à pratiquer le "tourisme thérapeutique" grâce aux eaux minérales et aux thermes. 

Le tourisme vert se développe également à cette période, lui aussi indiqué par les médecins et mu par un intérêt grandissant pour la nature.

Autre que la mer, la montagne attire également. Les récits de Jean-Jacques ROUSSEAU donnent des idées à nombre de jeunes gens qui ont soif d'aventures. Le mont Blanc est gravi en 1786 pour la première fois jusqu'au sommet, exploit qui fait naître de véritables vocations. Les sports d'hiver quant à eux ne sont pas en reste, et voient le jour au XVIIIème siècle.

De plus en plus, les hommes parcourent les routes à des fins récréatives... En 1900, avec l'exposition universelle, né le premier guide Michelin. Les 35000 premiers guides sont gratuits pour les automobilistes qui achètent des pneus (Michelin bien évidemment). Il donne des informations utiles aux voyageurs (comme une liste de garages, de médecins, des cartes routières, des informations touristiques et des informations pratiques, puis plus tard une liste d'hôtels, de restaurants, ...).

Dans le même temps, les premières colonies de vacances voient le jour au tout début du XXème siècle (en France, elles existent déjà depuis quelques années en Suisse). Elles ont tout d'abord vocation à permettre à des enfants en mauvaise santé (tuberculose, rachitisme, anémie...) et bien souvent pauvres de partir à la campagne pour profiter du "bon air". Là encore, la santé a été la motivation première. Ces colonies de vacances sont une réussite et leur développement ne se fait pas attendre.

Un vent d'envie de se divertir souffle sur la France du XXème siècle, et en 1936 le gouvernement du Front populaire instaure les premiers congés payés, d'une durée de deux semaines. Une troisième semaine se rajoute en 1956 puis une quatrième en 1969 et enfin une cinquième en 1981. De plus en plus, le tourisme prend de l'ampleur et dans les années 50, la mer ne cesse d'attirer toujours plus de monde. Si au départ les vacances coûtent chères et que tous ne peuvent pas partir, peu à peu elles se démocratisent et deviennent plus accessibles à bien plus de monde.

Et vous, qu'allez-vous faire pendant vos vacances ? Pour certains d'entre nous, voyager ne signifie pas oublier la généalogie, bien au contraire... Et quand on voit un centre des archives au détour d'une route, notre sang ne fait qu'un tour et il n'est pas rare que l'on arrête toute la petite famille pour aller y jeter un œil !


Une mention spéciale tout de même à tous ceux qui n'ont pas de vacances cette année... J'espère que cet article vous aura fait voyager dans le temps, à défaut de découvrir de nouveaux pays...



Edition d'Emilie


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