• Emilie et Ophélie

La transmission du prénom du XVIIIe siècle au XIXe siècle

Mis à jour : 1 déc. 2019

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De nos jours, le choix du prénom est un sujet qui fait débat au sein des familles. Cette décision est laissée au soin des parents. On constate que de plus en plus de couples préfèrent garder le mystère jusqu’au moment de la naissance de leur enfant. Que d’heures passées à chercher le prénom idéal ! Du temps de nos anciens, le choix du prénom faisait-il autant débat ?


Qui choisit le prénom ?


Sous l’Ancien Régime et au XIXe siècle, les parents n’interviennent pas dans le choix du prénom. Ce choix revient aux parrains et marraines. En effet, ces derniers transmettent le plus souvent leurs prénoms mais j’ai pu observer dans ma généalogie que ce n’était pas systématique. Bertrand Gaudeboeuf né en 1742 est prénommé ainsi par son parrain Bertrand Vaunniers. Pour sa sœur aînée, les parrains désignés Jean Dellac et Claude Dechadefaux n’ont donné aucun de leur prénom. Ils ont choisi de l’appeler « Anne ».


Le parrain et la marraine sont désignés par les parents. Cette décision peut révéler plusieurs stratégies. Les parrains sont d’abord les membres de la famille (grands-parents, oncles et tantes, frères et sœurs, cousins). Ce choix a pour but de renforcer les alliances entre les familles et d’assurer sa place dans la lignée. L’équilibre entre les branches maternelles et paternelles est respecté. Pierre Fernand Gaudeboeuf né en 1891 doit son prénom à son oncle par alliance Pierre Fernand Quinty comme en atteste son acte de baptême. Pour le XIXe siècle, les registres de catholicité sont des sources importantes pour retrouver les parrains de vos ancêtres.


Les parrains peuvent aussi être des personnes étrangères à la famille : des voisins, des amis, des membres d’une même profession. Les parents veulent conforter ou renforcer leur image sociale (appartenance à un groupe, appui de personnes socialement haut placées et maintien de liens d’amitiés et de voisinage). Tel est le cas apparemment pour Paul Dorothée Azéma qui doit son prénom uniquement à sa marraine, une citoyenne prénommée Dorothée.


Le choix du prénom peut-il tenir à la place de l’enfant dans sa lignée ou sa fratrie ?


Les aînés des enfants reçoivent les prénoms de leurs grands-parents. Les cadets ceux des oncles et tantes mais aussi de personnes étrangères. Les benjamins quant à eux peuvent porter les prénoms des enfants aînés, de cousins ainsi que de personnes étrangères. Cette règle se vérifie-t-elle ?


En 1757, le couple Pierre Larqué et Marie Laborde originaires des Pyrénées Atlantiques accueillent après le décès de leur premier enfant, des jumeaux Raymond et Marie. Raymond porte le prénom de son grand-père paternel et Marie celui de la tante par alliance. Raymond est porteur d’un prénom lignager.


Au niveau des cadets, Jean (1) né en 1764 a pour parrain Jean Coudures un laboureur. Tandis que Jean (2) né en 1768 a pour parrain Jean Laborde dit Lapouyade son grand-oncle maternel.

Les benjamins, Marguerite née en 1771 est mise sous la protection de Pierre Larqué, son cousin germain et de sa femme Jeanne. Jacques né en 1775 quant à lui est sous la protection de son frère aîné Raymond et enfin Jean (3) né en 1779 est sous celle d’une sœur aînée. Cette règle se vérifie. J’ai pu constater le même schéma du côté de mes ancêtres originaires de Normandie. La règle s’applique mais s’adapte aux différentes situations notamment lorsque les grands-parents sont décédés avant la naissance du premier enfant.


Il existait un véritable souci de préserver les prénoms de la lignée et également de faire « revivre » un proche récemment disparu. Vous pourrez observer dans vos généalogies que plusieurs enfants de la même fratrie portent exactement le même prénom. Jean-Baptiste Gaudeboeuf est né en 1855 malheureusement il ne survit que 7 mois. En 1857, on voit apparaître un autre enfant nommé Jean-Baptiste. Le sort s’acharne Jean-Baptiste meurt en 1863. Plus aucun descendant ne s’appellera Jean-Baptiste.


Était-il d’usage de donner un ou plusieurs prénoms ?


Le XVIIIe siècle reste majoritairement marqué par l’usage d’un prénom unique qui peut perdurer jusqu’au XIXe siècle tout dépend bien évidemment du groupe social. Les enfants illégitimes reçoivent également un seul prénom. Tel est le cas de Marie Leurthon née en 1823, fille naturelle de Jeanne Leurthon.


Le XIXe siècle voit la vogue croissante des prénoms multiples. On imite les élites du pays. Le record est attribué au frère de mon arrière-grand-père Pascal René Léopold Honoré Alexandre Boulant né le 14 mars 1897. Qui dit mieux !!! Avez-vous des ancêtres qui ont plus de 5 prénoms ? On constate qu’il n’est pas rare de trouver la conservation d’une référence religieuse. Elle se porte sur le premier ou second prénom comme pour Blanche Marie Gaudeboeuf.


Au XXe siècle, on trouve de plus en plus d’enfants avec 3 prénoms. Cela s’explique par le fait que le premier prénom est celui donné par les parents et les deux autres par le parrain et la marraine.


Ceux qui portent des prénoms multiples ont leur dénomination simplifiée. Nous pouvons le remarquer grâce à leurs signatures dans les actes. Charles Auguste Labbé signait Auguste de son second prénom. Pierre Jacques Nicolas Boulant signait quant à lui avec son premier prénom. Dans les actes de naissance des enfants de Paul Dorothée Azéma, on remarque qu’il est uniquement désigné sous le prénom de Paul. Dorothée aurait pu être très difficile à porter !

Mais le nom de baptême ne sert pas toujours à désigner un individu tout au long de son existence. En effet, mon grand-père maternel s’appelait Jean mais tout le monde l’appelait « Jeannot » et ma grand-mère paternelle « Jeannette » au lieu de Jeanne. Enfant j’étais persuadée que c’était leur véritable prénom. Vous pouvez trouver la présence de certains surnoms dans les matricules militaires : Etienne Polycampes Diard recensé en 1873 sur Rouen Sud est « dit Guillard ».


Un individu peut modifier également son appellation. C’est lié aussi à la personnalité de chaque individu. Tel est le cas de Léontine Sayous, tout le monde a toujours cru qu’elle s’appelait Marie mais qu’elle ne fut pas notre surprise de découvrir des années plus tard que ce n’était pas le cas. Elle avait simplement en horreur son prénom. On retrouve aussi dans les actes ce changement d’appellation. Dans l’acte de mariage de Gaury Marie avec Pierre Claireau on peut observer que Marie signe Alida Gaury un prénom qui n’a absolument rien à voir et qui n’est pas mentionné dans son acte de naissance. Dans les actes de mariage d’Augustine Gimel et de Jean Marie Georges René Gimel, je vois apparaître comme témoin Léonce Gimel menuisier, leur frère. Cependant malgré mes recherches je ne trouve pas de frère appelé « Léonce ». J’en ai déduit qu’Auguste Gimel leur frère ainé devait être ce fameux Léonce vis-à-vis de l’âge et de sa profession. Le farceur d’ailleurs signe sous le prénom d’Auguste lors de son propre mariage. La réponse définitive se trouvera peut-être dans son acte de baptême que je n’ai pas encore. Réponse à venir. D'autres exemples sont à découvrir dans l'article d'Emilie intitulé, Yves ou Francis.


Edition d'Ophélie

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