• Emilie et Ophélie

Les noms, des indicateurs géographiques ?


« Dis-moi comment tu t’appelles, je te dirai d’où tu viens ».


Chaque pays et régions françaises ont des patronymes spécifiques. Il ne reste plus qu’à observer attentivement le nom de vos ancêtres pour savoir d’où ils viennent.





LES SPECIFICITES DE CERTAINS NOMS


Les noms d’origine étrangère


Les préfixes et suffixes permettent de vous renseigner sur l’origine de vos ancêtres et par conséquent sur le pays d’Europe auquel votre nom est rattaché.


Les suffixes vont nous permettre de faire un petit tour d’Europe :


  • En « -sen » (signifiant fils), permettent de reconnaître des origines néerlandaises, danoises ou norvégiennes comme les Jansen, Christensen…

  • En « -i » ou « -o » comme Radaelli, Neri ou Bonardo indiquent des noms italiens.

  • On reconnait les Grecs au suffixe « -poulos ».

  • Les Espagnols à « -ez » comme les Gomez mais aussi en « -a » et « -o ».

  • Les Polonais à « -wiez », « -ak ».

  • Les Russes en « -ov », « -ski » ou « -off ». Vous trouverez des noms en « -ova » pour les filles.

  • Les Arméniens avec « -ian » comme Nikossian.

  • Les Autrichiens en « -er » comme Wagner, Brunner…

  • Les Anglais « -son » (qui signifie aussi fils) : Peterson, Thompson…

  • Les Slovaques et les Tchèques en « -ova » (même principe que pour les Russes), « -ik » comme Banik qui veut dire miner en slovaque, « -ek » comme Hajek qui signifie buisson en tchèque.


Il s’agit bien évidemment d’une étude sur les noms les plus portés dans ces pays européens. Mon ancêtre espagnol qui est venu s’installer en France au début du XIXe siècle n’a pas un nom qui finit en « -ez ». Il porte le nom de Corral. Pour autant avant d’avoir son acte de mariage rien que son patronyme m’a indiqué qu’il n’était pas français et j’avais de sérieux doutes sur une origine espagnole. Son origine a été confirmée, il était bien espagnol.


Parfois c’est le préfixe qui peut indiquer l’origine, tel est le cas de « Mac » ou « Mc » pour les Ecossais et les Irlandais. Macleod comme dans Higlander, Mcgregor, McTavish… ou le « o’ » pour les Irlandais comme O’Connor ou O’Neill. J’avoue que j’ai glissé ce dernier exemple pour m’amuser à faire une référence à un personnage de série américaine, je vous laisse trouver. Comme quoi les séries ou films peuvent parfois vous apprendre des choses, rien n’est perdu.


Les spécificités régionales en France


La même étude peut également se faire vis-à-vis de nos régions françaises. Des régions comme le Pays Basque, la Corse, La Bretagne… ont des patronymes spécifiques.


Les noms de famille basques ont des préfixes en « Etche », comme Etcheverry et des suffixes en « -behere », « -ena », « -eta », « -goyen » ou « -tegui » comme Torrentegui, Yrigoyen. Ces noms se rattachent beaucoup à la maison et à ses qualificatifs. La racine « -etche » signifie effectivement maison et « -behere » le domaine.


Les noms corses ont des suffixes « en -i » tels Fiori ou Agostini.


Vos noms commencent par « Ab » ou « Ker » tel Abgrall ou Kervella. Ils se finissent peut-être en « -ec », « -ic » ou « -eg » comme Madeg. Il est fort possible que vous ayez des origines bretonnes.


Il existe aussi des topo-patronymes qui dévoilent une origine géographique telle qu’une région, une ville, un village ou encore un hameau. Les Lombard viendront très certainement de Lombardie. Mon aïeul Jean Pierre Picard est né dans le département de l’Eure. Je n’ai pas remonté toute cette branche familiale. Il est possible qu’il soit originaire de Picardie. La Normandie et la Picardie étant voisines c’est tout à fait envisageable.


Enfin, un nom double peut parfois vous indiquer que votre ancêtre venait d’une région montagneuse. Cette double désignation dans les régions montagneuses est due à une forte endogamie et à une faible mobilité des habitants. Cet ajout a permis de distinguer une famille vis-à-vis d’une autre (Servoz-Gavin etc…) mais ce n’est pas toujours la seule raison comme vous pourrez le constater dans le Béarn.


LA TRANSMISSION DES NOMS EN BEARN : ETUDE REGIONALE


A travers ma généalogie, j’ai pu observer une particularité pyrénéenne dans la transmission des noms de famille notamment dans les Pyrénées Atlantiques et dans les Hautes-Pyrénées. J’ai choisi de me concentrer sur ma branche familiale béarnaise.


Une société rurale


La société béarnaise étant à prédominance rurale, beaucoup de noms de famille dérivent de cet environnement. La cellule de base est la maison à laquelle s’ajoutent le paysage, l’emplacement, la qualité et la forme etc.


Parmi mes ancêtres, on trouve le nom de Laborde, le nom de famille le plus porté en Béarn qui fait référence à la grange (borda) et qui signifie construction en bois.


D’autres patronymes font référence à la qualité de l’orientation : Betbeder est en rapport avec une maison ayant un beau point de vue comme le nom Bellocq très répandu qui vient de « beth loc » un beau lieu.


Mes ancêtres Sayous et Junca portent des noms qui font référence à la mauvaise qualité du terrain. Sayous désigne les landes infertiles où dominent l’ajonc et Junca l’implantation dans un endroit déshérité.


Les noms peuvent évoquer également la forme d’une propriété. Le patronyme Courrèges signifie champs étroits et longs en forme de courroies.


Un autre patronyme très répandu est celui de Vergez qui fait référence au verger. Les arbres et végétaux ont donné de nombreux noms.


Vous pourrez trouver des noms qui indiquent la position sociale de votre ancêtre s’il appartient par exemple à une maison noble ou bourgeoise. Larqué désigne ainsi l’archer.


Parmi mes ancêtres, certains ont des doubles noms. Arrieu Debat est un patronyme en rapport avec la maison d’origine « Arrieu ». Debat précise l’orientation géographique. Il s’agit de la famille Arrieu qui se situe au Nord.


Vous pourrez trouver la signification de vos noms béarnais sur http://www.lebearn.net/patronymes.html


La diffusion du nom de la « maison »


La coutume béarnaise s’attache à la transmission du nom de la « maison » ce qui a pour conséquence de voir apparaître dans vos généalogies des enfants identifiés parfois sous le nom de la maison maternelle. Le nom du père reste le plus transmis mais celui de la mère se diffuse également. Il faudra attendre la fin du XIXe siècle pour que la règle de transmission patrilinéaire s’impose vraiment dans le Béarn. Bien évidemment chaque famille est différente, c’est donc à nuancer. Cette coutume cherche essentiellement à éviter que le patrimoine ne se disperse. L’aîné des enfants que ce soit un garçon ou une fille devient l’héritier unique du patrimoine foncier.


Vous rencontrerez des noms doubles ou triples. Il s’agit ainsi du patronyme et du nom de maison qui perdurent en s’écrivant sous différentes formes : reliés par un trait, sans trait ou avec l’expression « dit ». La famille Bellocq-Gaillet a vu la forme de son nom se modifier au fil des années. Du début du XIXe siècle jusqu’aux années 1830, le nom s’écrivait Bellocq dit Gaillet. A partir du milieu du XIXe siècle, la famille signe Bellocq Gaillet mais dans les actes ils sont mentionnés sous la forme Bellocq-Gaillet.


On peut constater une évolution de la désignation au cours de la vie par exemple vis-à-vis du mari. Il n’est pas rare que l’homme ajoute à son nom celui de sa femme (surtout si cette dernière est héritière) lors du mariage ou de la naissance du premier enfant. En quelques générations le nom de famille a pu se transformer. Prenons le cas de Pierre Larqué fils de Raymond Larqué qui épousa en 1750, Marie de Laborde, héritière dudit lieu. De 1751 à 1764, lors de la naissance de plusieurs de ses enfants, Pierre est toujours désigné sous le même nom. En revanche lors de la naissance de son fils Jean en 1768, est ajouté le nom de sa femme et il est mentionné comme étant Pierre Larqué dit Laborde. On le constate également grâce à sa signature sur l’acte de mariage de son neveu la même année.


Ce nom apparaîtra pour les naissances suivantes. Le nom de la maison Larqué dit Laborde va se diffuser également aux générations suivantes et à mes ancêtres directs :

  • Jean Larqué dit Laborde

  • Joseph Larqué dit Laborde.


Lors du mariage de Joseph en 1830, son père signe :




et le futur époux signe :


En revanche la génération suivante ne sera désignée que sous le nom de Larqué. Tel est le cas de mon aïeule Françoise Larqué née en 1836.


Les enfants du couple sont baptisés sous le nom de la mère lorsqu’elle est héritière. En effet, les enfants de Pierre et Marie sont identifiés dans les actes sous le nom de Laborde. Mon aïeul, Jean né en 1779 est baptisé sous le nom de Laborde. On trouve même la mention « Baptême Laborde ».


Le rôle des héritiers et des cadets


Les héritiers ont une destinée quasiment toute tracée. Ils doivent se soumettre au chef de famille. Ils n’ont en général pas le choix de leur conjoint. Les unions doivent se faire avec une maison de même rang social.


Les héritiers qui ont choisi d’épouser l’élu de leur cœur doivent passer devant un notaire afin de produire « un acte respectueux ». De quoi s’agit-il ? A 25 ans les filles et à 30 ans les garçons pouvaient se marier sans le consentement de leurs parents après leur avoir adressé par le biais d’un notaire trois sommations respectueuses. Ils espéraient voir leurs parents consentir à leur mariage. Une sommation est un acte dressé par un notaire en présence de deux témoins, par lequel au nom d’un enfant, ils demandent à son père et à sa mère d’autoriser le mariage.


Les héritiers ont le devoir de se substituer aux parents quand ceux-ci ont disparu. Ils remettent la « légitime » à leurs frères et sœurs cadets au moment de leur union. On essayait d’unir les cadets et cadettes de préférence avec l’héritier (ère) d’une maison. Tel fut le cas pour Pierre Larqué, cadet marié à Marie Laborde cité ci-dessus. J’ai pu constater également au travers des actes paroissiaux que les Larqué sont souvent mentionnés comme témoins dans différents actes de la famille Laborde. En juin et juillet 1739, ils apparaissent dans les deux actes ci-dessous.


Source : AD 64.


Les parents cités dans cet acte Jacques Laborde et Catherine se trouvent être les parents de Marie Laborde la future épouse de Pierre Larqué. Le hasard fait bien les choses. Ce qui m’a permis d’en conclure que les familles se connaissaient bien et qu’il y a fort à parier que cette alliance était le souhait des chefs de famille.


Les cadets étaient moins bien dotés que les aînés du fait de l’exclusion du patrimoine. Cela n’a pas empêché certains d’entre eux de s’élever socialement. Ces cadets à leur tour ont donné naissance à un nouveau nom de maison.


Toutes ces caractéristiques se retrouvent également dans les Hautes-Pyrénées. Vous pourrez entrevoir dans vos généalogies deux frères qui ne portent pas exactement le même nom de famille tels que Arrieudebat dit Lourans et Arrieudebat dit Thou.


Edition d'Ophélie

Posts récents

Voir tout

Nous Suivre : 

  • Facebook
  • Twitter Icône sociale
  • Icône social Instagram