• Emilie et Ophélie

Q comme... Quelle liberté de métier pour les femmes ?

"Si vous aviez été un homme, vous auriez été mon ami. Nous aurions accompli ensemble de grandes et heureuses affaires. Vous auriez été ambassadeur et moi ministre - ou vice versa". Correspondance entre Metternich, chancelier d'Autriche et Wilhelmine, duchesse de Sagan. Guillaume de BERTIER De SAUVIGNY, Metternich, Fayard, Evreux (Eure), 196, p59.

Des femmes travaillant aux côtés de leur père, leur mari ou même leurs enfants, je dois dire que j'en ai un certain nombre parmi mes ancêtres. J'ai également rencontré des femmes seules, travaillant pour assurer leur propre subsistance et celle de leurs enfants, quand enfants il y a. Les raisons sont diverses, allant de la femme veuve à la mère de famille dont le père des enfants est inconnu. Pour d'autres c'est un choix, mais elles sont loin d'être les plus nombreuses.

En réalité, pour la plupart des femmes (surtout celles vivant à la campagne), ce que l'on attend d'elles est bien défini : bonne épouse, bonne mère de famille, irréprochable dans l'art de tenir une maison. En clair, la société résume leur mission principale aux tâches domestiques et familiales. Elles gèrent la maisonnée, les comptes familiaux, les enfants et travaillent bien souvent aux côtés de leurs maris, dans les moments où il y a besoin de bras supplémentaires, ou exercent un métier qui vient mettre du beurre dans les épinards.

Certaines professions sont d'ailleurs essentiellement exercées par des femmes. Et il faut dire que ce n'étaient pas des métiers faciles, loin de là. C'est ainsi le cas des lingères ou des lavandières. Lavant le linge au lavoir, l'hiver est particulièrement pénible pour les lavandières. A peine arrivées sur leur lieu de travail, il faut briser la glace : pas entre elles, ces femmes ayant la réputation de parler des dernières histoires et rumeurs en travaillant, mais au sens premier du terme. Lorsque la température chute, l'eau du lavoir gèle et la première étape consiste donc à casser cette particule glacée. Le travail ne fait alors que commencer et il ne leur faut pas moins de six étapes pour en venir à bout et rapporter le linge propre et bien plié à son propriétaire.

Parmi les autres professions principalement féminines, on trouve également les servantes. J'en retrouve un certain nombre parmi les femmes de ma famille maternelle, et presque toujours, la situation est plus ou moins la même. Une jeune fille venant souvent de la campagne, qui quitte le foyer de ses parents et part s'enquérir d'une place de servante. Elle cherche une place dans une famille habitant en ville, ou à moindre distance dans un village ou une exploitation des environs. Voire même parfois dans son propre village, à quelques maisons de là. Son but ? Être en mesure de se constituer une dot pour pouvoir se marier. Et certaines commencent jeunes, à tout juste 12 ans parfois.


A contrario, certains métiers sont interdits aux femmes, comme ceux étant lié à la justice. Prenons la profession d'avocat par exemple. En 1897, Jeanne CHAUVIN, docteur en droit depuis 1892 et première femme à l'être, s'apprête à prêter serment en tant qu'avocate. Mais alors qu'elle a pourtant tous les diplômes nécessaires, c'est sans compter la loi qui interdit aux femmes l'accès à cette profession. Elle doit attendre 1900 pour accéder au statut tant désiré et 1901 pour plaider pour la première fois.


Des métiers réservés aux hommes, il y en a un certain nombre dont quelques-uns auquel nous n'aurions pas forcément pensé de prime abord. C'est ainsi le cas pour la profession de coiffeur. A Saint-Christoly-de-Blaye en 1896, vit la famille de Jean JOYEUX et de Marguerite ALLAIN. Les parents sont cultivateurs mais un de leur fils, Jean, est quant à lui perruquier. Ce jeune homme de 16 ans fait et entretient les perruques, mais aussi coiffe et rase. Jean travaille ainsi dans le domaine de la coiffure, domaine qui est essentiellement... masculin.

La coiffure en général est un métier artisanal. Au départ le métier de baigneur regroupe ceux de barbier, dentiste et chirurgien puis au XIIIème siècle barbier et baigneur se scindent en deux métiers différents. Par la suite, sous l'Ancien Régime, trois professions se distinguent : le barbier (il ressemble à notre coiffeur actuel et peut vendre des pommades, des parfums, de la poudre ou encore des cheveux), le perruquier et le chirurgien barbier (qui gère la petite chirurgie du quotidien). Les femmes elles, ne peuvent accéder au métier de la coiffure qu'à partir de la première guerre mondiale.


La vie de nos ancêtres féminines est loin d'avoir été simple. Vues comme d'éternelles mineures, dépendantes de leur père puis de leur mari, elles ne sont pas autorisées à accéder à certaines professions et sont pointées du doigt au moindre écart. Bien plus que les hommes, la sorcellerie ou la prostitution sont de leur fait et elles sont jugées seules responsables.


Néanmoins, les femmes des milieux plus aisés peuvent pour leur part avoir un peu plus de poids dans la société. Elles ont un plus grand accès aux loisirs et ont une éducation plus poussée. La place des femmes dans la société est un sujet qui me tient particulièrement à cœur. Certainement parce que j'en ai passé des heures à le traiter de long en large et en travers dans mon mémoire de Master d'Histoire. Et c'est une femme, Wilhelmine de Sagan, qui a été le personnage principal de mon mémoire.


Wilhelmine de Sagan


Née en 1781 à Mitau en Lettonie, fille de Pierre von Biron, duc de Courlande et de Dorothée de Medex et aînée d'une fratrie de quatre filles, Wilhelmine de Sagan est une femme qui détonne par son apparente liberté pour son époque. Duchesse mariée à trois reprises et divorcée autant de fois, elle est mère à 19 ans d'une enfant illégitime, Gustava, née de son aventure avec... l'amant de sa mère, Gustav Armfelt. Autant vous dire qu'avoir un enfant illégitime était assez mal vu à l'époque. La naissance de sa fille reste donc secrète et Wilhelmine doit se résoudre à la laisser partir avec Gustav Armfelt. La petite fille est alors élevée par son père et par l'épouse légitime de ce dernier. Lorsque Wilhelmine essaie de la retrouver quelques années plus tard, Gustava refuse, préférant rester avec sa mère adoptive. Vous l'aurez compris, Wilhelmine a eu une vie singulière, dans sa vie personnelle, mais aussi dans sa vie publique. Elle aspire très tôt à jouer un rôle politique, même si bien évidemment, ce n'est pas possible pour les femmes à cette époque. Mais c'est sans compter sur son caractère indépendant et sa volonté de ne pas se cantonner au simple rôle de femme au foyer. Cultivée, intelligente, elle réussit à se forger une place grâce notamment à ses relations. Et à ses relations amoureuses plus exactement. Multipliant les amants, Wilhelmine ne les choisit pour autant pas au hasard. Maîtresse de plusieurs grandes figures de l'époque, comme par exemple Metternich, le chancelier d'Autriche, elle va jusqu'à obtenir les faveurs d'Alexandre Ier, tsar de Russie. A travers la correspondance amoureuse enflammée qu'elle entretien avec Metternich, Wilhelmine en profite pour donner son opinion à son amant qui l'écoute d'une oreille attentive. De là à dire qu'elle l'a influencé c'est une autre histoire. Mais qui sait... C'est qu'il en était vraiment amoureux, de sa Wilhelmine !

Son salon permet également à la jeune femme d'avoir une place importante au sein de la société aristocratique. Lieu prisé par toute la haute société, le salon est très à la mode dans les années 1810, à tel point que l'on peut parler du début du XIXème siècle comme de "l'âge d'or du salon viennois". Le salon reflète la personnalité de son hôte et lui permet de briller en public, et ça, Wilhelmine l'a bien compris ! Ces rendez-vous mondains sont également propices aux débats politiques. Farouche opposante à Napoléon, les salons de Wilhelmine, dont un des plus connu est celui de Ratiborzitz, est réputé avoir rassemblé bon nombre d'adversaires de l'empereur français. A l'heure du congrès de Vienne des années 1813 à 1815, alors que les frontières de l'Europe se redessinent sur les cendres de la défaite française, Wilhelmine se passionne toujours plus pour les questions politiques et rassemble autour d'elle des hommes d'Etat de nationalités diverses, tous plus influents les uns que les autres. Pour Antoine Béthouart, "le salon de Wilhelmine ne désemplit pas" et à en croire Metternich, c'est dans le salon de la jeune femme que se discute l'avenir de l'Europe. Les anciens maris de la duchesse lui demandent même de parler en leur nom au chancelier d'Autriche.

S'il est vrai qu'il est courant de voir les femmes tricoter ou broder pendant les débats des salons, elles sont tout de même présentes, participent et y sont même de véritables muses.

Si Metternich ne souhaite pas que Wilhelmine fasse de la politique de la même manière qu'un homme et se comporte comme tel "Avec cela ne t'avise jamais de porter des pantalons et des bottes comme Stadion ou Palffy. Cela me peinerait -mais je ne t'en aimerais pas moins" (lettre de Metternich à Wilhelmine datée du 8 mars 1813), il l'initie tout de même aux questions d'Etat.


Edition d'Emilie

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