• Emilie et Ophélie

Quand nos ancêtres regardaient la météo...

Les mois de juillet et août sont passés, la canicule aussi. En Gironde, le thermomètre s'est envolé plus d'une fois vers les 40 degrés. La chaleur, tout le monde en parle, elle est sur toutes les lèvres : canicule, réchauffement climatique,… Difficile de passer à côté ! De la télévision à la radio en passant par les discussions entre amis/famille/collègues, le sujet fait débat et est plus que jamais d'actualité.


C'est dans ce contexte-là que je suis tombée sur une série d’articles évoquant le réchauffement climatique, dans un exemplaire du magazine Géo… de 1984. C'est ma sœur qui l'a trouvé et me connaissant par cœur, a pensé à moi en sachant que je serai proche de la joie des enfants ouvrant leurs cadeaux de Noël en le voyant !

C’était en 1984, et pourtant, il y a comme une impression d'actualité… Au fil des pages, on peut lire :


« Comme ici en Amazonie, en Afrique ou à Bornéo, les hommes ont déclaré la guerre aux forêts tropicales. […] Leur disparition entraîne d'ailleurs déjà localement quelques sécheresses dramatiques. »


« Lorsque la planète s’échauffe, les mers montent et grignotent les côtes peu à peu. »


Au milieu de tous ces articles, un en particulier attire mon attention. Il montre des images du glacier d'Argentière, à côté de Chamonix dans les Alpes.

Gravure de 1860



Photo de 1966



Ce glacier, je l'ai déjà vu. C’était en 2015 et, comme les centaines d'autres personnes autour de moi, je l'ai pris en photo ce jour là.


Je me rappelle avoir beaucoup entendu parler du recul des glaciers de la région, chacun donnant son opinion sur la question. La question du réchauffement climatique, de l'alternance entre âge glaciaire et interglaciaire est un sujet complexe et je ne m'y aventurerai pas dans cet article, bien que ce sujet soit passionnant.

Le climat joue en effet un rôle essentiel sur le quotidien des habitants : la culture de leurs terres, leur façon de se vêtir, de se déplacer, de se loger ou de travailler. On ne traverse pas une rivière de la même façon si elle est en crue que si elle est entièrement gelée. Certains éléments comme l’avancée ou le recul d’un glacier ont donc des conséquences sur la vie d’une population. Prenons par exemple un village situé près d'un glacier : lorsque le glacier avance, il se peut qu'il engloutisse certaines maisons.


C'est aussi vrai pour les dunes, comme la dune du Pyla (ou Pilat), sur la côte atlantique, à l'entrée du bassin d’Arcachon.







Plus haute dune d’Europe, elle se déplace de 1 à 5 mètres par an, ne tenant bien évidemment pas compte des habitations ou infrastructures construites sur son chemin.

Sur ces deux photos, nous pouvons bien voir à quel point les habitations sont aux pieds de la dune... ce qui n'était pas forcément le cas il y a quelques années.




Autre exemple dans la région, le Signal à Soulac-sur-mer. Il s’agit d’un immeuble construit entre 1965 et 1970. Il se trouvait à cette époque à 200 mètres de l'océan et semblait alors idéalement placé. Quelle différence avec aujourd’hui ! En effet, malheureusement pour ses occupants, c’était sans compter sur l’avancée des eaux : en 2010, l'immeuble n'est plus qu’à une vingtaine de mètres de l’océan. En 2014, un arrêté d’évacuation des lieux oblige les propriétaires des appartements à partir. Les propriétaires s’engagent alors dans une véritable bataille juridique concernant l'indemnisation. Le bâtiment quant à lui, sera démoli dans les mois à venir.



Nous l'aurons compris, le climat, outre le fait qu'il alimente bien des conversations, joue un rôle essentiel dans la vie quotidienne des gens. Les conditions extrêmes, comme la sécheresse ou la rudesse de certains hivers, peut changer le quotidien d'une année sur l'autre.

Depuis que je suis petite, j'ai rarement vu Bordeaux sous la neige l'hiver. Pendant que mes amis d'Île de France, d'Alsace ou d'autres régions sont en pleine bataille de boules de neige, ici on a beau scruter le ciel, la neige se fait attendre.

D'ailleurs, au premier flocon qui tombe, nous nous imaginons déjà tous bloqués chez nous, à ne plus pouvoir emprunter les routes enneigées et gelées. Chose qui fait bien rire ceux des régions couvertes de neige la plupart de l'hiver. À notre décharge, en matière d’équipements pour déneiger, on est plutôt proche du néant à Bordeaux. D’une région à l'autre, nos habitudes ne sont ainsi pas forcément les mêmes, et nous nous adaptons au climat du lieu où nous vivons. Alors imaginez d'une époque à l'autre… Nos hivers ne sont pas ceux de nos ancêtres….


Je vous propose de partir pour un petit tour des hivers les plus marquants depuis celui de 1709. Vous allez voir que le quotidien peut s'en trouver bien chamboulé…



Hiver de 1709


« L'hiver avait été terrible… la violence [glaciale] fut telle que l'eau de la reine de Hongrie, les élixirs les plus forts, et les liqueurs les plus spiritueuses, cassèrent leurs bouteilles dans les armoires des chambres à feu, dans les appartements du château de Versailles, et soupant chez le duc de Villeroy, les glaçons tombaient dans nos verres ». Cet extrait des mémoires de Saint-Simon nous laisse entrevoir à quel point l'hiver 1709, inscrit dans la période du « petit âge glaciaire », a été rude.

Le jour des Rois, le 6 janvier, la température chute de 20°C en seulement quelques heures. Le Rhône a gelé, il fait -20,5°C à Paris le 20 janvier. A Bordeaux, pendant deux semaines, chaque matin le thermomètre ne varie qu'entre environ -18°C et -23,2°C. Les côtes de l’océan Atlantique elles-mêmes sont gelées à certains endroits. Le vin gèle dans les bouteilles et l'encre dans les encriers. Les registres de la Jurade nous indiquent même qu'il était possible de marcher ou d’aller à cheval sur la Dordogne et sur la Garonne, gelées en janvier et février.

La dureté de cet hiver tombe mal : en effet, la France est engagée depuis 1701 dans la guerre de succession d’Espagne. Les Français subissent une forte pression fiscale et le froid ne vient rien arranger. Il n'y a pas que Saint-Simon qui a été marqué par l'hiver 1709. Cet hiver a touché toute la population, que ce soit les plus pauvres comme les courtisans de Versailles. Les registres paroissiaux, les correspondances ou encore les livres de raison nous en apprennent beaucoup sur cette période. Nombreux sont les témoignages, ce qui a permis aux historiens d’étudier en détail cette période.

Cet hiver causa 600 000 décès (dus au froid mais également à tout ce que cela a engendré, comme les épidémies). Il devient rapidement compliqué d’enterrer les morts tant le sol gèle en profondeur. Le froid entraîne la perte des arbres fruitiers, de la vigne, des récoltes. Les moulins à eau restent paralysés. La décision est alors prise de semer l'orge, pour remplacer les blés d’hiver perdus. Le pouvoir politique prend des mesures pour venir en aide à ses habitants, comme par exemple le fait de pousser les plus aisés à donner à ceux dans le besoin en dévoilant les noms des donateurs. Mais cela n'empêche pas pour autant les émeutes. Le peuple a froid, le peuple a faim.

Les ravitaillements sont restés longtemps impossibles, notamment pour Paris où les bateaux ne pouvaient plus se rendre, piégés par les glaces. Lorsqu’il arrive enfin, le dégel révèle les dégâts causés par le froid. Les maigres récoltes sont alors pourries, en dehors de l'orge.

« La France, épuisée par la guerre, fut désolée par la famine. On se souviendra longtemps de cet hiver qui fit périr les hommes, les bestiaux, les arbres. » Mémoires de Madame de Maintenon.



Hiver de 1956 (février)

Le mois de février 1956 fut marqué par des températures très basses et des chutes de neige à faire pâlir les stations de ski.

Partout en France, les températures dégringolent en ce deuxième mois de 1956. Ce mois exceptionnel de par ses températures a causé environ mille décès en Europe. Un grand nombre de fleuves et de rivières ont gelé. Au Pic du Midi, (qui culmine à 2880 mètres d’altitude) il fait environ -32,9°C le 10 février.

Avec les températures négatives, la neige pointe le bout de son nez. Saint-Tropez se retrouve recouverte d'un manteau blanc épais de 70 centimètres. Bordeaux doit faire face quant à elle à une tempête de neige, qui recouvre certains endroits de la ville jusqu’à 80 centimètres de neige. J'ai d’ailleurs retrouvé une des unes du journal Sud Ouest concernant l'hiver 1956. Pour illustrer la situation, on y voit des habitants faire… du ski dans les rues de Bordeaux !



Hiver de 1962-1963


Cet hiver a été le plus long, du moins depuis la fin du XIXème siècle, en ce qui concerne l’Europe. Certes la température est descendue plus d'une fois de façon vertigineuse mais rien de remarquable si on le compare aux hivers de 1956 et de 1985. Par contre, la persistance du froid dans le temps est réellement impressionnante, puisqu’il a gelé pendant quasiment trois mois (avec tout de même de brèves interruptions).

La première vague de froid débute le 23 décembre 1962. En France, au jour de Noël de l’année 1962, le thermomètre affiche en moyenne -10°C.

Mais c'est le début de l’année 1963 qui, accompagné de la seconde vague de froid, est le plus glacial. La température descend jusqu’à -20°C à Carcans (ville située en Gironde, au bord de l’océan Atlantique) dans la nuit du 3 au 4 février 1963.

Dans l'est de la France, le journal Sud-Ouest rapporte que l'on voit arriver des loups d’Europe centrale, chassés par les grands froids.



Des Hivers plus récents


D’autres rudes hivers plus récents mais également marquants ont succédé à ceux déjà cités. C'est le cas de l'hiver 1985, durant lequel la plage de Nice s'est retrouvée ensevelie sous la neige, les palmiers devenant blancs. La pelouse du stade Chaban-Delmas (l'ancien stade de football des Girondins de Bordeaux) a gelé. En janvier, les températures sont descendues jusqu’à -20°C à Montauban, -23°C à Troyes, -22,8°C à Châteauroux.

À noter également l'hiver 1997, pour lequel la une du journal le Parisien du vendredi 3 janvier 1997 titre « C'est la Sibérie ! » et enchaine : « Moins 22,7°C hier à Troyes, jusqu’à -11°C à Alençon aujourd’hui, le Nord grelotte et le Sud est sous la neige. Ports gelés, trains bloqués, autoroutes coupées, aéroports fermés : la France démarre 1997 au ralenti ».

La vague de froid de février 2012 est la dernière en date.



Et les prochains hivers, comment seront-ils ? Aurons-nous comme je l'entends dire parfois le climat de l’Espagne dans une cinquantaine d’années ? Ou au contraire, celui de l'Alaska ? L'avenir nous le dira, mais une chose est sûre, comme nos ancêtres avant nous, nous devrons, nous et tous ceux qui nous succèderons, nous adapter…


Edition d'Emilie

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