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  • Emilie et Ophélie

Les petits et gros bobos de nos ancêtres

Mis à jour : 30 mars 2019

#bobo #Gironde #Landes #Dordogne


Nous sommes nombreux à vouloir connaître nos ancêtres. Au départ, on commence par chercher des actes : naissance, mariage, décès. On trouve les dates clés de la vie de ceux qui nous ont précédé. Mais avouons-le, on aimerait bien pouvoir en apprendre un peu plus sur eux. Sur la manière dont ils ont vécu, les lieux où ils ont été, leur apparence physique, leur caractère… Et même pourquoi pas sur leur état de santé ?


Plusieurs solutions s'offrent à vous pour tenter d'en savoir plus sur la santé de vos ancêtres. Certains documents sont très utiles :


  • Les registres matricules.

En effet, ils peuvent être utiles en matière d'informations sur la santé de nos ancêtres, dommage qu'ils ne concernent que les hommes !


Les registres matricules sont des documents où sont enregistrés les conscrits. Ils recensent l'ensemble des hommes appelés à servir leur pays l'année de leurs vingt ans. On y trouve de nombreux détails (professionnel, physique, personnel) dont je vous parlerai plus en détail dans un prochain article.


C’est en consultant le registre matricule d'un de mes aïeux que j'ai appris qu’il avait été démobilisé de l’armée pour cause d’otite lui ayant perforé le tympan. Une otite ? Tiens tiens, j'en parlais justement avec ma famille quelques jours plus tôt ! C'est un cadeau dont on se serait bien passé, mais ça fait quand même sourire de retrouver ces petits points communs avec nos ancêtres.


En attendant de poursuivre dans les registres matricules de ma propre famille, j'ai demandé à Ophélie si elle avait des exemples de petits ou gros bobos notés dans les registres de ses ancêtres: autant vous dire que je n’ai pas été déçue ! Je vous laisse juger :


* Gaudeboeuf Alfred Ernest (1873) : plaie à l’œil gauche

* Diard Etienne Polycampes dit Guillard (1873) : cicatrice au front

* Boulant Anatole Adrien (1897) : pieds plats et déviés

* Sayous Paul (1899) : cicatrices légères à la joue gauche et en 1915 myopie

* Boulant Samuel Augustin (1911) : calvitie étendue

* Azéma Alfred (1888) : tuberculose pulmonaire

* Azéma Léon Jean (1894) : bronchite chronique

* Gimel Paul Georges (1908) : ”imminence tuberculeuse” contractée au cours du service.

* Gaury Maxime Henri (1917) obscurité respiratoire du sommet gauche au sommet droit

* Gaudeboeuf Pierre Fernand (1931) : léger syndrome d’emphysème pulmonaire et légère sclérose diffuse.


Concernant ceux qui vont suivre, c'est un petit peu plus intime, alors on va quand même respecter leur anonymat :


*X (1920) léger rétrécissement de l’urètre non traumatique impropre au service

*Y (1921) cicatrice de fistule anale opérée située sur le côté gauche du sphincter et légère sclérose pulmonaire.


J’avoue qu’après ça, l’otite, elle me paraît beaucoup plus sympa !


  • Les passeports.

Lorsque l'on parle de passeport, on imagine déjà une destination lointaine, une île avec des cocotiers, une mer turquoise… Vous vous y voyez déjà, n’est-ce pas ? Avant de sauter dans un avion pour une destination de rêve, il va vous falloir un passeport pour l’étranger. Pour nos ancêtres, non seulement il leur en faut un pour sortir du pays, mais de 1796 à 1860 il leur en faut également un pour sortir… de leurs cantons. Oui oui, vous avez bien lu, il leur faut s'en procurer un même pour « voyager » dans le canton d’à côté !


Que trouve-t-on sur les passeports de nos ancêtres ? L'identité de la personne, son lieu d'origine, le lieu où il se rend, sa description physique et ses signes particuliers. C'est ce signalement en particulier qui nous intéresse, parce qu’il nous dira si bobo il y a. Je vous donne des exemples, pris au hasard parmi les passeports pour l’étranger des archives départementales de la Gironde :


* Dubois Pierre : estropié de l'index de la main gauche. Lieu de destination Rio de Janeiro. Date : 16 juillet 1827

* Labbé Pierre : rousseurs et borgne de l’œil gauche. Lieu de destination : Montevideo Uruguay. Date : 31 juillet 1843.

* Petit Magdeleine : gravée par la petite vérole. Lieu de destination : Mexico. Date : 21 novembre 1848.


(La variole ou petite vérole est une maladie extrêmement contagieuse et qui a été très meurtrière. C'est d'ailleurs ce qui causa la mort du roi Louis XV. Je vais éviter de vous faire une description détaillée, surtout si vous êtes en train de manger… Mais pour faire simple, ce sont les mêmes symptômes que la grippe, avec en plus des pustules qui couvrent le corps et le visage. Ceux qui en guérissent portent ensuite les cicatrices des boutons et se retrouvent bien souvent défigurés.)


  • Les signatures.

Lorsqu'un acte est rédigé, les personnes concernées ainsi que les témoins sont invités à le signer. Le père ou la personne déclarant l’enfant ainsi que les témoins pour un acte de naissance, les époux, leurs parents et leurs témoins pour un acte de mariage.


Les signatures peuvent nous apprendre bien plus que cela peut le laisser à penser, et notamment sur l’état de santé des personnes apposant leur signature.


(Il faut bien évidemment qu’ils sachent signer, et c’est souvent que vous retrouverez une croix pour signature ou la mention « ne sachant pas signer » sur les documents). Pour les personnes qui savent écrire ou au moins recopier leur nom, regardez bien comment l’écriture évolue au fil des ans, elle donne parfois des indications sur la santé de la personne. Bien sûr, il n'est pas étonnant qu'avec le temps l’écriture soit moins assurée, plus tremblotante avec l’âge. Pourtant, dans certains cas, le changement de l’écriture est en réalité lié à des problèmes de santé. Vous trouverez parfois mentionné sur l'acte, la raison pour laquelle la personne ne se trouve pas, ou plus, en mesure de signer. Ce n'est cependant pas toujours le cas et rien ne vient expliquer ce curieux phénomène. Il faut alors creuser un peu pour trouver le fin mot de l'histoire.


Prenons une situation que vous pouvez rencontrer dans vos recherches : vous êtes en possession de deux actes différents, dont les dates sont très rapprochées dans le temps. Pourtant, sur le premier acte, l’écriture est soignée, la signature bien calligraphiée, alors que sur le second, l’écriture est plus maladroite, moins assurée, plus « brouillon ». Quelle explication donner à cette différence ? On peut bien sûr faire des hypothèses : une signature faite de façon plus précipitée que la première ? Le contexte, suite à la constatation d'un décès, la personne est chamboulée ? Ou son état de santé peut-être ? La personne aurait pu en effet être victime d'une maladie ou d'un accident comme la perte de la vue, une blessure ou la perte du bras, de la main, du poignet. Vous l'aurez compris, il peut y avoir bon nombre de raisons.


Dans ce cas-là, n’hésitez pas à recouper vos suppositions avec d’autres sources d'information. Fouiller les recensements correspondants à la période qui vous intéresse, peut-être trouverez-vous des informations dans les observations. Regardez aussi si quelque chose de particulier a changé dans sa vie entre deux recensements. N’hésitez pas à aller également consulter son registre matricule si c'est un homme. Dans tous les cas, que ce soit effectivement un problème de santé ou autre chose, cela vous aidera à entrer un peu plus dans la vie de votre ancêtre et à mieux le connaître.


  • Les recensements, dont je vous ai déjà parlé dans un précédent article.

Il y a peu de temps, en allant consulter le recensement de 1851 de Tercis-les-Bains, je suis tombée sur une véritable pépite ! Je vous montre :

On est d'accord que, pour être détaillé, c'est détaillé ! Si j’étais, au départ, à la recherche de la famille Lesbegueris, ma curiosité a très vite pris le dessus. Me voilà en train de passer en revue toutes les personnes du village, et on ne peut pas dire que certains soient très chanceux :


Dans la famille Larcebeau, 8 enfants apparaissent dans le foyer de leurs parents en 1851 dont Prosper, 15 ans qui est épileptique et sa sœur Catherine, 16 ans, qui est quant à elle boiteuse.


Mais les plus malchanceux sont sûrement ceux de la famille de Marguerite Bermiole. Elle a 53 ans, elle est veuve (déjà, ça commence mal). En 1851, elle a 5 enfants vivants avec elle. Pierre, 32 ans, Jeanne 30 ans, Guillaume 24 ans, Jean 20 ans et Jean 11 ans. Aucun d'entre eux n'est marié. Pierre est noté comme ayant un pied bot, et les deux Jean sont tous les deux bègues.


Page après page, j'observe les personnes recensées comme ayant une maladie ou une infirmité apparente et je me dis que, mine de rien, il y en a quand même un certain nombre. Quasiment à chaque page en fait. Dont parfois plusieurs par pages. Je commence à me demander ce qu’il peut bien se passer dans ce village ! Certes, sur 655 habitants, « seulement » 29 ont des soucis. Je cherche un autre village, toujours en 1851, avec environ le même nombre d'habitants, je trouve Bouteilles Saint-Sébastien en Dordogne, 666 habitants. Alors, qu’avons-nous là ? Un homme avec un pied-bot, une femme aveugle et… c'est tout. Si vous aviez prévu de passer vos prochaines vacances à Tercis-les-Bains, ne paniquez pas trop, il y a sûrement une explication ! (Du moins je l'espère pour vous….).


Si l'on regarde plus en détail, on peut trouver des pistes de réflexion.


Jean, colon laboureur est noté rhumatisant. Quand on sait que ce monsieur est un veuf de 80 ans, ceci peut expliquer cela.


Pour Grace, femme veuve, aveugle, de 83 ans, nous pouvons nous demander là aussi si l’âge à quelque chose à voir. Peut-être sa vue s'est-elle détériorée, ou elle pouvait tout aussi bien être aveugle de naissance. Il serait par exemple utile de chercher des documents datant de ses jeunes années sur lesquels il serait précisé si elle est en mesure de signer.


Pour Catherine, une femme de 20 ans, nous pouvons imaginer que son pied bot est de naissance. Peut-être cela a-t-il influencé sa voie professionnelle, couturière, et non travaillant dans les champs. Mais ce n'est là qu’une hypothèse parmi d'autres. Après tout, Pierre, 32 ans, est fermier laboureur et est noté comme ayant un pied-bot et Marie, 20 ans, journalière, est boiteuse.


Peut-être ces « bobos » sont-ils liés à leur métier ? François, ouvrier meunier de 50 ans, est noté « atropié de la main droite », est-ce arrivé lors de son travail ?


Des questions de ce genre, on peut vite en avoir un nombre infini. Comment vivaient les personnes ayant des maladies ou infirmités apparentes. Est-ce que cela les a beaucoup handicapés dans leur vie ? Et socialement ? Est-ce que ça a pu être un frein pour se marier par exemple ?


A noter pour vos recherches. L'année 1851 est très détaillée, mais pas seulement pour la commune de Tercis-les-Bains. Si vous recherchez dans les autres communes françaises, vous aurez peut-être la chance d'avoir des renseignements quant à l’état de santé de vos ancêtres. Et lorsque vous réussirez à en savoir plus sur la vie quotidienne de vos ancêtres, sur ces petits détails qui semblent à première vue anodins, vous serez à deux doigts de faire la roue de bonheur ! (Oui bon la roue ça ne fait pas trop rêver, mais si je vous avais dit un triple saut périlleux avouez que vous auriez été bien embêtés !).


Maintenant c'est à vous de jouer, avez-vous trouvé des petits ou gros bobos parmi vos ancêtres ? N’hésitez pas à partager vos découvertes !


Edition d'Emilie