• Emilie et Ophélie

Assembler, retoucher… Les couturières et autres petites mains.

Mis à jour : nov. 4

Dans ma généalogie, j’ai recensé 11 couturières et des petites mains. Selon une enquête réalisée à la fin du XIXe siècle sur les professions les plus enviées par les jeunes françaises, la profession de couturière arrive en tête. Un travail qui est jugé utile. Du simple passe-temps à la profession reconnue, vous découvrirez ce métier passionnant au travers de cet article.


La couture participe à l’éducation des filles


Depuis des siècles, les travaux d’aiguille, la couture, la broderie participent à l’éducation des filles quel que soit leur milieu social. Dès leur plus jeune âge, les filles apprenaient la couture avec leurs mères ou grands-mères. Les femmes sont ainsi des passeuses de savoir. Nos ancêtres ont ainsi pu apprendre la couture de cette manière-là. Ces travaux de couture enseignaient à la petite fille à être patiente, savoir se tenir et écouter. Elles pouvaient par exemple réaliser leur trousseau pour le mariage : torchons, draps, lingerie.


Une jeune fille bonne à marier devait savoir coudre mais également tricoter, repriser et broder. A Minot, village Bourguignon, les jeunes filles de 15 ans étaient envoyées quelques mois l’hiver chez une couturière pour un apprentissage réduit (surfiler, ourler, poser des pressions, mettre des épingles…).


Au XIXe siècle, l’enseignement de travaux d’aiguille était également au programme des écoles primaires pour filles. En 1867, la loi Duruy créa des écoles publiques primaires pour filles dans chaque commune de plus de 800 habitants. En 1882, les lois de Jules Ferry rendent l’école gratuite, laïque et obligatoire pour tous les enfants garçons et filles de 6 à 13 ans. A cette époque, les écoles n’étaient pas mixtes. La couture demeurait le principal enseignement pour les filles. Elles devaient savoir transformer et ravauder les vêtements, le but était de ne rien jeter.


En 1898, les programmes de la couture comprenaient pour les filles de 7 à 9 ans la réalisation d’un point devant, d’un point arrière, d’un point de côté ainsi que d’un surjet. Ces exercices étaient réalisés sur un canevas. La mise en application devait permettre de réaliser des petits objets très simples comme un sac, un mouchoir, une serviette, un fichu…


De 9 ans à 11 ans, elles apprenaient le point de piqûre, le point boutonnière, la couture simple, la couture en surjet, l’ourlet piqué, la boutonnière, la pose de boutons… Elles confectionnaient de la layette et des vêtements pour les jeunes enfants (chemise, taie d’oreiller, brassière…)


Enfin de 11 ans à 13 ans, elles étudiaient de nombreux points, comme le point de flanelle, le point de chaînette, le point de feston, le point d’ornement… Elles apprennent les reprises en biais et sur les draps ainsi que la réparation des vêtements. Elles manient la machine à coudre. Les notions de coupe sont abordées afin de créer des vêtements simples et de la lingerie comme un jupon, une robe…


Durant sa scolarité dans les années 1926-1930, ma grand-mère maternelle avait bénéficié de cet enseignement. Ma mère se souvient qu’à l’école primaire, elle avait cours jusqu’au samedi après-midi inclus. Le samedi après-midi était réservé au cours de couture. Elle avait brodé un napperon pour la fête des mères. Elle avait appris à faire les différents points, à repriser et coudre des boutons. Au collège, les cours de travaux pratique pour les filles consistaient à réaliser un vêtement, à reconnaître la chaîne et la trame d’un tissu, couper des biais, faire des coutures rabattues, des points de chausson, des points de piqure, faire des brides… Elle avait confectionné une brassière pour bébé dans un coton fin jaune pâle avec de la dentelle autour du cou et des manches.


Dans toute la France, afin d’obtenir leur certificat d’études, les jeunes filles devaient acquis les principaux points en couture. Ils étaient regroupés sur un carré de toile qui servait à montrer ses connaissances. Les jeunes filles bourguignonnes qui allaient à l’école réalisaient une « marquette ». Il s’agissait d’un carré de toile permettant d’exposer le savoir-faire atteint par chaque fille à l’issue de sa scolarité.


Dès 1887 jusqu’au début des années 1960, la couture faisait partie des épreuves du certificat d’études. Les filles réalisaient une épreuve de couture usuelle sous la surveillance d’une dame. L’épreuve d’une durée d’une heure était évaluée sur 10 points, comme le reste des matières (orthographe, écriture, calcul, rédaction, histoire-géographie, lecture et récitation). En mars 1963, il était demandé aux jeunes filles de bâtir dans le sens de la chaîne, un ourlet de 2 cm de hauteur, de le coudre au point de piqûre puis d’exécuter une bride à boutons sur le bord et au milieu de cet ourlet.


C’était une activité de loisirs mais également une activité domestique nécessaire au ménage pour recoudre les vêtements. La couture est aussi un métier à part entière.


Une profession en concurrence avec les tailleurs


Les tailleurs étaient les seuls autorisés à habiller les hommes et les femmes depuis des siècles. Autrefois les femmes étaient exclues du métier de tailleur, corsetier, chapelier…. car ces métiers étaient réservés aux hommes. Les couturières n’avaient pas le droit de confectionner les vêtements féminins. L’essentiel de leur travail consistait à effectuer des retouches, c’est-à-dire coudre des ourlets, resserrer ou élargir des jupes… Elles exécutaient essentiellement ces travaux à la demande des tailleurs, on les appelait alors les lingères ou couseuses.


La lingère, Delachaux Léon


Ce n’est que sous Louis XIV qu’elles purent obtenir le droit de tailler des robes car ce dernier jugeait qu’il était plus convenable pour la « pudeur des femmes de se faire habiller par des personnes du même sexe ». Il leur aura fallu attendre le 30 mars 1675. Elles avaient tout de même pris l’habitude bien avant cette date de fabriquer des robes de chambre, des jupes, des manteaux, des justaucorps ou des camisoles. Légalement, elles pouvaient confectionner certains habits, de la lingerie et des garnitures pour les femmes ainsi que pour les enfants. Toutefois les corps et les bas des robes étaient réservés aux tailleurs ainsi que les vêtements pour hommes. Elles avaient le droit d’habiller les jeunes garçons que jusqu’à l’âge de 9 ans. A partir de 1675, c’est ainsi que le métier de couturière prend le sens qu’on lui connaît actuellement. A cette date naquit la Compagnie des maîtresses couturières. Elles ont obtenu un véritable statut d’artisan. On ne devenait couturière qu’après 3 ans d’apprentissage.


Il existait une véritable concurrence entre les tailleurs et les couturières. A partir de 1782, elles ont obtenu le droit de réaliser une plus grande panoplie de vêtements dont les habits pour hommes. Leur forte présence dans la couture leur ont permis de mettre fin au monopole masculin.



Les couturières de la fin du XVIIIe siècle au début du XXe siècle


Dès la fin du XVIIIe siècle, les professions liées à la mode se féminisent : plumassières, corsetières, giletières. Ces femmes travaillaient d’abord à domicile puis ont intégré progressivement des ateliers. Dans le courant du XIXe siècle, le nombre de couturières et d’employées spécialisées en couture augmente aussi bien dans les villes que dans les villages. Les femmes réussirent à s’imposer dans le monde de la mode. Les couturières avaient un rôle important dans la société puisque c’est à elles que revenait la confection de la robe de mariée.


Pour certaines d’entre elles le mariage sonnait la fin de leur activité. C’est le cas de Marie Leurton, Jeanne Laville et Anne Bellocq-Gaillet. Lors de son mariage le 14 septembre 1848, Marie Leurton âgée de 25 ans exerce le métier de couturière. Elle exerce cette profession dans le village de Bayas (Gironde). En devenant une femme mariée sa profession change. C’est ainsi qu’elle est devenue cultivatrice aidant son époux Antoine Laville propriétaire cultivateur et tonnelier. Du travail de l’aiguille elle passe à celui des champs comme sa fille Jeanne Laville (un article sur une erreur d'identité avec sa sœur lui est dédié). Le 17 octobre 1880, cette dernière épouse Jacques Faucher. Elle est alors âgée de 23 ans. Elle est mentionnée comme étant couturière.


La femme exerçant des activités agricoles pouvait aussi être couturière. Jeanne Lassalle était à la fois ménagère et couturière à Lasseube (Pyrénées Atlantiques). C’était une source de revenus parfois en complément d’un autre travail.


Anne Bellocq-Gaillet était également couturière avant d’épouser le 25 mai 1860, Jean Lamarche. Ce métier elle l’aura exercé jusqu’à ses 28 ans. Lors de la naissance de son fils, Etienne Amon Lamarche, le 6 avril 1861, elle apparaît désormais comme ménagère. Le métier de couturière semble attirer les jeunes femmes célibataires. Le statut de femme mariée entraine un changement de profession. Il est vrai que l’image de la couturière jusqu’au début du XXe siècle n’était pas bonne. Elle souffrait d’une réputation de femmes légères du fait qu’elles allaient de foyer en foyer.


A la campagne les couturières étaient souvent employées à la journée. Elles allaient de maison en maison pour tailler, coudre et raccommoder toutes sortes de vêtements.

Cependant certaines continuent d’exercer ce métier même après leur mariage. Lors de la naissance de son fils Marie Juliette Roger épouse Rigault est toujours mentionnée comme couturière.


Lors de l’apparition de la machine à coudre, les couturières ont été appelées « mécaniciennes ». Marie Jeanne Gaudeboeuf exerce la profession de mécanicienne comme en témoigne son acte de mariage en 1885.



Ce terme m’a d’abord induit en erreur avant que je comprenne qu’elle était tout simplement couturière. Lors de la naissance de ses fils Gabriel Pierre Quinty en 1888 et Jean Roger Quinty en 1894, elle est désignée comme étant couturière.

La première machine à coudre Singer à usage domestique apparaît en 1851.



Les salaires des couturières variaient en fonction de leur rang. Selon le rapport du conseil municipal de Paris en date de 1891, il est indiqué le salaire journalier de ces professions. Marie Laure Grandjean gagne 1 franc par jour comme couturière. Une boutonnière gagne 1.75 francs. Julie Justine Mathelin perçoit 2.50 francs par jour comme plumassière.



Les autres employées spécialisées dans la couture


Les couturières appelées lingères fabriquaient, réparaient et vendaient le linge de corps (chemises, caleçons, layettes, trousseaux..) mais aussi celui de table et d’église. Ce métier ne se résumait pas au simple entretien du linge comme on peut le penser. Cette spécificité sera à découvrir dans un prochain article, Des femmes autour de l’entretien du linge. Les lingères pouvaient en effet être amenées à réaliser entièrement un vêtement ou bien confier les retouches à une couturière. Elle pouvait également se charger des finitions du vêtement réalisé par le tailleur comme cela devait être le cas pour Marie Thiercelin. Cette dernière épouse en 1860, Henri Silvain Robinet, un tailleur d’habits. Une lingère et un tailleur d’habits, une association rêvée ! Dans certaines régions, la lingère fabriquait des coiffes. Elle devenait ainsi créatrice.

Vers 1830, les ouvrières couturières ou lingères étaient appelées « grisettes » ou « cousettes ». Elles travaillaient soit dans des ateliers de haute couture ou dans des usines de confection. Les journées de travail étaient parfois interminables de 9h du matin à 23h. Lorsque le travail était important, elles ne voyaient presque pas le soleil. Au début du XXe siècle, les petites mains pouvaient percevoir entre 1.50 à 2.50 francs par jour tandis qu’une ouvrière ordinaire percevait 4 à 5 francs par jour.


Gabrielle Célina Labbé (citée dans un article précédent) après le décès de ses parents Victoire Henriette Thiercelin en 1877 et Charles Auguste Labbé en 1880 sur Bordeaux est recueillie par sa tante. Lors du recensement de population de Blois (Loir-et-Cher) en 1886, elle réside avec son oncle Henri Robinet et sa tante maternelle Marie Thiercelin cités ci-dessus. Elle exerce alors le métier d’ouvrière. C’est également le cas jusqu’à la naissance de sa troisième fille Andrée Azéma en 1892. On peut supposer qu’elle était ouvrière couturière vu que son oncle et sa tante exerçaient ce métier. Lors du mariage de sa fille Yvonne Jeanne Azéma le 19 janvier 1907, elle est mentionnée comme piqueuse de bottines. Elle vit désormais sur Libourne (Gironde). Était-elle alors ouvrière apprêteuse sur Blois chargée d’assembler les différentes pièces d’une chaussure c’est-à-dire le caoutchouc, l’étoffe et le cuir ? Ces différentes pièces étaient fixées à l’aide d’un peu de colle puis cousues. La chaussure cousue était la plus répandue et la meilleure.


En 1907, Gabrielle est piqueuse de bottines. Une chanson sous forme de poésie est dédiée à ce métier en 1909, en voici un extrait :


« A Paris

Quartier de Grenelle

Dans un ménage d’ouvriers

Travaillant dans une ruelle

Sous les toits souvent meurtriers

Allant pour quérir des bottines

J’ai découvert trois perles fines […]

Souvent, l’on se pique les doigts ! »


Son travail consistait à coudre les différentes parties de cuir pour en faire une bottine soit à la main, soit à la machine. Les bottines étaient munies de boutons ou d’un caoutchouc permettant aux pieds de s’y glisser plus aisément. L’étoffe et le cuir léger sont découpés à part. L’industrie de la chaussure réalise des progrès considérables. On est parvenu à coudre les chaussures ou les bottines à l’aide d’un mécanisme remplaçant la piqure à la main. Ce métier, elle ne l’exercera qu’une partie de sa vie. Elle prendra une autre voie : à découvrir dans un prochain article.


Elizabeth de Galzagorry et Jeanne Henriette Gimel sont quant à elles, giletières. Il s’agit de couturières confectionnant des gilets pour hommes. Elles coupent, montent et cousent les différentes pièces du gilet. Elisabeth de Galzagorry est d’abord couturière dès 1881 avant de se spécialiser comme giletière comme il est mentionné dans son acte de mariage en 1886. Jeanne Henriette Gimel âgée de 17 ans en 1899 épouse Jean Dehaut un tailleur d’habits de 22 ans. Malheureusement cette giletière décède le 10 septembre 1900.


En 1891, Aline Célestine Dufossé gagnait 2 francs par jour en tant que giletière.


Andrée Gabrielle Azéma (un billet lui est consacré) fille de Gabrielle Célina Labbé (citée ci-dessus) se spécialise dans la réalisation de pantalons. Elle est alors culottière, appelée aussi pantalonnière. Elle est désignée ainsi en 1920 et 1923. Elle utilisait une machine à coudre pour les jambes et le fond du pantalon. Les finitions étaient réalisées à la main. En 1891, une culottière pouvait gagner 2 francs par jour. Pour cette profession, il existait une formation de deux ans. Après le Certificat d’Etudes Primaires, les jeunes filles étaient formées dans une école dite des Arts Ménagers. Ces écoles apprenaient les tâches aux futures épouses comme la cuisine, le repassage, la couture… Les formations dispensées permettaient d’obtenir un CAP, un Certificat d’Aptitude Professionnelle pour les repasseuses, les couturières, les dentellières et les culottières. Cette activité de culottière était très répandue jusqu’en 1950. Ces couturières vendaient aussi parfois des culottes de peau, des gants et des guêtres.


Et vous, avez-vous des ancêtres couturières ? La mode et l’habillement ont-ils suscité des vocations parmi vos ascendants ?


Edition d’Ophélie

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