• Emilie et Ophélie

Des femmes autour de l’entretien du linge

L’entretien du linge a toujours été une activité féminine nécessitant de la force physique. Au XIXe siècle, on prend conscience de la nécessité de la propreté du corps et du linge. Le linge de maison et de corps sont lavés beaucoup plus fréquemment qu’avant. Les métiers liés à l’entretien du linge vont alors se développer. Ils nécessitent un véritable savoir-faire.


Les lessiveuses ou blanchisseuses


Louise Florestine Dulondel est née le 22 juin 1834 à Elbeuf (Seine-Maritime). En 1855, elle se marie avec Léon Coquerel. Elle exerce ensuite différents métiers autour de l’industrie drapière. Vous le découvrirez dans un prochain article, intitulé « Ouvrières et Manufactures ». Elle apparaît comme lessiveuse en 1880, lors du mariage de sa fille aînée, Marie Angèle. Pour le recensement en 1881 à Elbeuf, sa profession est « lessivière ». Quelles étaient donc les missions de Louise Florestine ?


Les lessiveuses tout comme les blanchisseuses étaient chargées de blanchir et de laver le linge. Les premières blanchisseries industrielles apparaissent à la fin du XVIIIe siècle. Au XIXe siècle, beaucoup d’ouvrières travaillent depuis chez elles à l’entretien du linge de maison c’est-à-dire le linge fin, les habits du dimanche, les draps, les robes de dentelles des familles aisées.


C’est un métier éprouvant, précaire, répétitif et à risque. Les femmes étaient parfois employées à la journée. En 1876, Louise Florestine est journalière. Il est fort possible que cela fasse référence à son travail en tant que lessiveuse. En 1891, Justine Aline Charpentier, gagne 0.75 francs par jour comme laveuse. Le maniement du linge sale et mouillé favorisait la transmission de la tuberculose (infection des poumons). C’était un grand fléau à cause de l’humidité qui régnait dans la pièce.


Les lessiveuses indépendantes devaient collecter le linge chez les particuliers. Elles fidélisaient leur clientèle. Elles devaient savoir tenir une comptabilité pour se faire payer.


Les lessiveuses triaient le linge sale avant de le laver : le blanc d’un côté, les couleurs de l’autre, les lainages etc... Il est évident que la puanteur qui se dégageait de la pile était une réalité à laquelle étaient confrontées les lessiveuses et blanchisseuses. Dans son livre, l’Assomoir publié en 1877, Emile Zola, raconte le quotidien de Gervaise, une blanchisseuse ainsi que la réalité olfactive de ce travail « dans l’air chaud, une puanteur fade montait de tout ce linge sale remué ».


Le travail consistait ensuite en 9 étapes qui duraient plusieurs jours.


Le trempage du linge dans un cuvier d’eau froide toute une nuit avec du gros sel ou de l’eau savonneuse. C’est le prélavage pour décrasser le linge.


Le brossage pour enlever les saletés avec une brosse de chiendent sur une planche striée. Il faut avoir en tête les mouchoirs quand les gens étaient enrhumés…


Le lessivage. On faisait bouillir le linge grâce à un cuvier. Le cuvier était en bois (comme un tonneau) ou en poterie.




On lavait le linge disposé en couches superposées. On versait régulièrement de l’eau bouillante qui s’écoulait par un trou situé dans la partie inférieure du cuvier. Afin que ce trou ne se bouche pas on mettait au fond du cuvier des bouts de bois ou de la vaisselle cassée. Un grand drap tapissait également le cuvier. Cette grande cuve était munie de deux poignées latérales. Le cuvier était installé sur un trépied en bois pour être à portée des femmes. L’écoulement des eaux de lessive s’effectuait dans un autre petit baquet. Le linge était lavé mais pas désinfecté.


Dans les années 1880 apparaissent les premières lessiveuses.


Diaporama : les lessiveuses


Elles se répandent dans les campagnes à partir de 1900 et seront généralisées après la Première Guerre Mondiale. Il s’agit d’un cuvier à projection qui est porté à ébullition sur un foyer. Le linge est disposé dans la cuve qui comporte un double fond perforé. L’eau qui bouillait montait par un tube en champignon et arrosait le linge automatiquement. L’eau retombait ensuite au fond pour remonter à nouveau. On trouvait différentes tailles d’une capacité de 28 à 87 livres. Il fallait compter deux heures d’ébullition pour un linge blanchi et stérilisé. Le linge était retiré à l’aide d’un gros bâton car il était trop brûlant.


Tout le linge ne pouvait pas être mis à bouillir comme les couleurs, les pulls … Ils étaient lavés séparément.


Le savonnage. Avant l’apparition de la lessive on utilisait la saponaire mais aussi généralement la cendre de bois. Après avoir fait bouillir l’eau, on y ajoutait la cendre dans le cuvier. Le grand baquet était muni à sa base d’une bonde et d’un orifice par lequel l’eau et les cendres servant de lessive s’écoulaient dans le chaudron. A partir du début du XXe siècle apparaissent les cristaux de soude, les premières poudres à laver et le savon. Les « lessives » sont corrosives et provoquent des lésions sur les mains.


Le battage du linge.


Le rinçage. Il s’effectuait autrefois au lavoir ou au bord d’un ruisseau. Le linge était transporté dans des brouettes ou charrettes. C’est à cette étape que l’aide masculine pouvait intervenir, le linge mouillait étant lourd. C’était un rinçage à l’eau froide. Les femmes accroupies sont souvent sujettes aux lombalgies. Les lavoirs en ciment ou en tôle galvanisée vont remplacer les lavoirs publics ou le ruisseau. Ils sont installés près d’un puits ou d’une pompe. Ils faciliteront le travail des lessiveuses.


L’azurage ou blanchissage consistait grâce à une poudre bleue (bleu Guimet) à rendre le linge plus blanc. On utilisait aussi de l’eau de javel pour blanchir le linge.


L’essorage se faisait en tordant le linge modérément.


L’étendage. Le linge était étendu pour être séché soit dehors ou près d’un poêle ou une cheminée. Le linge était étalé dans les prés pour sécher au soleil et au grand air afin de lui donner plus de blancheur.


La dernière étape est confiée à d’autres professionnelles, les repasseuses.


Les lisseuses (repasseuses)



Heinrich Eduard Linde-Walther, Les Repasseuses, 1900.

Dans ma généalogie, Augustine Gimel, Yvonne Jeanne Azéma, Blanche Marie Gaudeboeuf et Gabrielle Gimel exercent la profession de lisseuse.


Augustine Gimel est née le 4 juillet 1882 à Libourne (un article lui est en partie consacré, J’arrive trop tôt). Lors du recensement de population en 1896, elle est âgée de 13 ans. Elle est notée comme exerçant le métier de lisseuse. Elle a dû commencer à travailler vers l’âge de 12 ans ce qui était assez fréquent pour l’époque. Les filles étaient placées en apprentissage. Le 10 octobre 1903, lors de son mariage avec Jean Joseph Ducout, elle est toujours lisseuse. En 1911 durant sa grossesse Augustine se retrouve sans profession.


Les lisseuses sont des repasseuses. Les femmes sont désignées ainsi dans le Sud-Ouest. Elles travaillaient soit à leur domicile soit dans de petites entreprises. Augustine Gimel semble avoir travaillé à son propre compte. Yvonne Jeanne Azéma est née en 1889 à Blois (Loir-et-Cher). A l’âge de 17 ans, elle épouse René Gimel qui n’est autre que le frère d’Augustine. Elle exerce le même métier que sa belle-sœur. Le recensement de population de la ville de Libourne en 1911 et celui en 1921 permettent d’attester qu’elle était sa propre patronne. Elle travaillait chez elle au 14 rue Paul Bert pour diverses familles plutôt aisées comme les Robin, les Guichou et les Fourcaud-Laussac… Un métier qui pouvait se transmettre de mère en fille. Gabrielle Gimel est la fille aînée d’Yvonne. Elle prend le même chemin que sa mère. Lors du recensement de population en 1926 et de son mariage en 1928, elle est également lisseuse.


Quelles étaient les techniques de repassage de nos ancêtres ?


Jusqu’au XVIe siècle, pour défroisser le linge on utilisait des lissoirs ou rouleaux à froid. La planche à calandrer permettait de défroisser le linge. C’était une planche en bois.


Puis apparaissent les instruments de repassage à chaud. Les fers plats chauffés à la braise se diversifient, il en existe de toutes les tailles pour les habits, les chapeaux, les cols, les dentelles… Les fers pour les cols étaient arrondis. Les fers étaient lourds environ 1.5 kg. Les lisseuses travaillent dans une atmosphère de chaleur embuée.



Des fers creux existaient également, ils contenaient des braises ou des lingots de métal chauffé. Ils ressemblaient à des « bateaux ».



A la fin du XIXe siècle, la source de chaleur provenait de la combustion d’alcool, de gaz ou d’essence, ce qui était particulièrement dangereux (brûlures, émanations d’oxyde de carbone, tuberculose).



Il n’y avait pas de table à repasser, une simple table suffisait sur laquelle on posait une couverture que l’on recouvrait d’un drap blanc. Ma grand-mère maternelle avait conservé cette manière de faire.


Les lisseuses utilisaient deux bols, l’un pour l’eau et l’autre pour l’amidon. L’eau permettait d’humidifier le linge. L’amidon servait à empeser les cols et les poignées de chemises ce qui faisait un glaçage. Elles utilisaient un petit poêle à charbon sur pied pour faire chauffer les fers. Il s’agit de la technique sur « cloche ». Ce petit poêle était placé dans la cheminée et permettait de faire chauffer plusieurs fers simultanément. Ce métier exigeait de la minutie, de l’habileté pour enlever les plis. Les femmes avaient le souci du travail bien fait. Les fers à lisser vont évoluer permettant une utilisation plus aisée.



Ce travail était parfois temporaire mais pour certaines ce fut une profession sur le long terme.


Yvonne Jeanne Azéma a été lisseuse durant toute sa vie. En revanche Blanche Marie Gaudeboeuf n’a exercé cette profession que durant quelques années. Je la retrouve comme lisseuse lors de son mariage en 1912 ainsi que lors de la naissance de son premier enfant en 1915 (bien que le terme de repasseuse remplace celui de lisseuse). En revanche en 1920, pour la naissance de son second enfant, elle est désormais cultivatrice.

Les lingères


Victoire Henriette Thiercelin est née à Averdon dans le Loir-et-Cher, le 23 août 1834. En 1856, âgée de 21 ans, elle figure parmi les lingères de la ville de Blois. Lors de son mariage en 1858 avec Charles Auguste Labbé, elle poursuit cette profession.


Quelles missions ont les lingères ?


Elles lavent, raccommodent et repassent le linge que ce soit dans un atelier ou à leur propre compte chez elles. Ce sont à la fois des lessiveuses et des repasseuses. Elles pouvaient être employées à la journée dans des familles. On faisait appel à leurs talents pour les mariages, pour les communions et pour les baptêmes pour repasser les différentes toilettes. Les lingères pouvaient aussi être des couturières comme on l’a vu dans un article précédent. Victoire s’installe dès le début des années 1860 à Cenon en Gironde avec son époux. Elle travaille uniquement comme lisseuse/repasseuse, une suite logique au métier de lingère. Victoire décède en 1877 à l’âge de 44 ans. Elle aura exercé ce métier jusqu’à la fin de ses jours.


En conclusion, l’apparition de l’électroménager notamment du fer à repasser électrique dans les années 1950 et de la machine à laver dans les années 1960 a permis de réduire la pénibilité de ces métiers bien que les problèmes de dos persistent. Ils n’ont pas complètement disparu puisque désormais les aides ménagères à domicile assurent ces missions de nettoyage et repassage.


Et vous, avez-vous des ancêtres œuvrant à l’entretien du linge ?

Edition d’Ophélie

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