• Emilie et Ophélie

Religieuse et infirmière, Sylvette Gimel


Sylvette lors de sa communion


De son enfance à son adolescence


Sylvette Raymonde Yvonne Gimel est née le 26 février 1923 à la Maternité de Libourne (Gironde). Elle a été baptisée le 10 mars. Elle est le premier enfant de Roger Farinos Gimel et de Sylvia Aline Catherine Buire. Les époux sont très jeunes. Ils se sont mariés l’année précédente, le 7 janvier 1922. Roger était âgé de 21 ans tandis que Sylvia avait 18 ans.


La famille s’agrandit. Sylvette aura deux sœurs, Renée en 1926 et Jacqueline en 1929.


Roger était menuisier-ébéniste. En 1926, il a travaillé pour les pompes funèbres tandis que Sylvia était chaussonnière chez Balland. Les chaussons Balland étaient réputés à Libourne.


En 1931, le couple et ses trois filles vivent au 21 rue Lamothe. Sylvia n’est plus chaussonnière mais ménagère.


Mais voilà qu’un coup du sort frappe cette jolie famille. L’usine pour laquelle travaillait Roger a brûlé le laissant sans travail. Il se retrouve au chômage. Sylvia son épouse tombe également gravement malade. Une maladie pulmonaire l’oblige à être alitée à l’hôpital. Sa famille ne peut la voir qu’au travers des vitres. C’est la descente aux enfers. Je ne retrouve plus le couple dans le recensement de 1936 sur Libourne, seule Sylvette y est mentionnée. Pourtant la famille a vécu durant de très nombreuses années rue des Moulins Blancs. Sylvia devait sûrement être hospitalisée au moment du recensement et Roger avait dû s’installer dans de la famille avec ses deux dernières filles.


Sylvette a en effet choisi d’être placée à l’orphelinat de Libourne située au 2 cours Tourny afin de pouvoir étudier à cause du manque de moyens financiers de ses parents. Sylvia a survécu mais reste faible. Les orphelinats accueillent aussi bien des enfants trouvés, abandonnés, des orphelins pauvres que des enfants « moralement abandonnés ». A cela s’ajoute des écoles pour les enfants issus de familles pauvres. Les sœurs répondaient ainsi à la demande de scolarisation des filles moyennant une contribution des familles, certaines ne payaient rien. L’établissement est géré par 5 sœurs de Saint-Vincent-de-Paul : Marie Rousset, 47 ans, Marie Fraget, 46 ans, Nancy Duboux, 39 ans, Jeanne Maudin, 29 ans et Aimée Rigail, 26 ans.


En 1936, l’orphelinat accueille 39 écoliers dont Sylvette. Il y avait 25 filles et 14 garçons. On trouvait également 8 apprenties. L’orphelinat reçoit 47 enfants et adolescentes âgés de 6 à 16 ans cette année-là. Le plus jeune est Roger Lalanne.


L’orphelinat hébergeait souvent des fratries. Les sœurs Simone et Jacqueline Framil sont âgées de 16 ans et de 14 ans. L’aînée est apprentie tandis que la cadette est toujours écolière. Les frères Degoul sont originaires de Vayres. Ils sont âgés de 13 et 11 ans. La plus grande fratrie est celle des Jimenez, 3 filles et un garçon. Sylvette Gimel était quant à elle âgée de 13 ans. Elle peut être vue comme une simple interne issue d’une famille pauvre.


Dans cet orphelinat, on trouvait aussi 11 lingères, 2 surveillantes, une portière et une cuisinière. Du personnel nécessaire au bon fonctionnement de l’établissement.


L’orphelinat lui a permis d’acquérir une instruction élémentaire (lecture, écriture, calcul, orthographe, premiers éléments de géographie et d’histoire sainte) ainsi qu’un enseignement dit professionnel (tricot, couture, blanchissage, repassage, cuisine…). Les apprenties apprennent un métier utile afin d’être en mesure de gagner leur vie à la sortie de l’établissement.


Son entrée dans la Compagnie et sa formation


Sylvette décide de rentrer dans la Compagnie des filles de la Charité. Ce sont souvent des femmes plutôt jeunes, issues d’un milieu populaire et rural. Cette communauté est présente partout en France ainsi qu’à l’étranger (96 pays sur 5 continents). La Compagnie a été fondée le 29 novembre 1633 par Saint-Vincent-de-Paul et Sainte-Louise-de-Marcillac. Afin d’y rentrer, il faut observer deux étapes de formation religieuse : le postulat qui dure 1 an à deux ans puis le noviciat qui dure deux ans à deux ans et demi.


Sylvette a effectué un postulat à Tarbes (65) puis à l’Hay les Roses (94). Le postulat à l’Hay ne dure pas plus de deux mois afin d’avoir une petite instruction avant l’entrée au séminaire. Elle devient sœur de Saint-Vincent-de-Paul, le 27 juin 1946, afin de pouvoir devenir infirmière. Elle était âgée de 23 ans. Elle avait beaucoup d’ambition. Les sœurs sont réputées pour l’aide aux pauvres et aux malades. Elles apportent des soins aux malades dans toutes les dimensions : corporelles, affectives et spirituelles.


Elle est envoyée ensuite à Paris afin de suivre son noviciat auprès de la supérieure générale. Elle prend l’habit et peut conserver son nom de famille. L’habit est constitué d’une cornette, d’un collet, d’une robe longue, d’un chapelet et croix de vœux, de chaussures et d’un tablier. Elle fut obligée de se raser la tête, ce qui choqua beaucoup une de ses nièces lorsqu’elle enlevait sa cornette. En 1964, l’habit change, la cornette disparaît.



C’est entre 1946 et 1955 qu’elle suit son noviciat et sa formation d’infirmière sur Paris. Durant cette période, elle doit également faire face à la perte de son père qui est décédé le 30 avril 1953 à Libourne.


Sylvette entre dans une école d’infirmières. Les écoles sont gérées par des sœurs « enseignantes » afin de préparer le diplôme. Seules les meilleures postulantes sont préparées au diplôme d’Etat d’infirmière devenu obligatoire pour exercer la profession. Le premier diplôme français a été créé en 1922. D’abord sœurs surveillantes d’un service et monitrices, elles sont devenues ensuite sœurs infirmières. Les études durent deux ans avec des cours et des stages. La formation permet aux infirmières de développer leurs connaissances, une compréhension, une surveillance et une exécution des soins.


Ses missions en tant que fille de la charité de Saint-Vincent-de-Paul


Elle prononce ensuite ses vœux à Firminy (Loire) : pauvreté, chasteté, obéissance, service des pauvres. Elle est ainsi rattachée à la Province de Lyon. Il leur faut attendre au moins 5 ans après leur entrée dans la compagnie pour pouvoir prononcer leurs vœux. Jusqu’en 1955, le gouvernement était centralisé à la Maison Mère à Paris. Puis à partir de cette date, il y a eu un découpage géographique. La compagnie a été organisée en Provinces à travers le monde. Cela a conduit à la formation de 6 Provinces en France dont Lille, Lyon, Marseille, Paris, Rennes et Toulouse.


Son quotidien est marqué par la prière, individuelle et collective ainsi que par les soins aux pauvres. Les sœurs ont ouvert des centres de soins ainsi que des dispensaires dans de nombreux quartiers populaires. Les infirmières parcourent les villes, campagnes et cités pour soigner les malades à domicile puis dans les hôpitaux. Les vœux sont renouvelés chaque année. Les sœurs effectuent des retraites annuelles. La dévotion mariale est importante. Elles contemplent Jésus-Christ qui pour elles est un modèle de charité envers les pauvres.


De 1955 à 1956, elle œuvre à l’hôpital civil ainsi qu’à l’orphelinat de Firminy (voir carte ci-dessous)



L’orphelinat de Firminy a accueilli pendant une vingtaine d’années jusqu’à 38 pensionnaires de 6 à 20 ans. Il était tenu par des religieuses de Saint-Vincent-de-Paul. Puis, l’établissement a été transformé le 1er mars 1955 en pouponnière pour accueillir les futures mamans. Sages-femmes, puéricultrices et infirmières composaient le personnel. L’hôpital public ne se dota d’une maternité qu’en 1957. Celui-ci porte le nom de Le Corbusier depuis 2014.


En 1957, elle est envoyée à La Teppe (voir carte ci-dessus) pour œuvrer dans un asile psychiatrique. Il s’agit à l’origine d’un asile pour épileptique fondé en 1856. Il fut géré par le comte de Larnage de 1856 à 1859 puis par les filles de la Charité de 1859 à 1975. Elle est rattachée à la Maison provinciale de Lyon. Les sœurs vivent en communauté.


En 1958, elle est mandatée pour travailler au sein de la Maison de charité et orphelinat de Chalon-sur-Saône (voir carte ci-dessous)



Cette Maison a été créée en 1675 par Mgr de Maupeou évêque de Chalon-sur-Saône. L’objectif est de servir les malades indigents qui ne peuvent pas entrer à l’hôpital. En 1733, Fleury créé une filature et manufacture de textiles afin de faire travailler les indigents valides et les orphelins. En 1764, la congrégation des sœurs de Saint-Vincent-de-Paul va œuvrer dans cette Maison. En 1901, la Charité devient un asile de vieillards et un hospice dépendant de l’hôtel-Dieu (hôpital de Tournus). Jusqu’en 2010, les locaux ont abrité une maison de retraite.


Les différentes missions qu’elle a faite, appelées aussi « œuvres » permettent de comprendre les activités de ces sœurs : soins aux malades dans les hôpitaux, aux personnes démunies comme les sans-abri, souffrant de dépendance, aux handicapés, aux personnes âgées dans les maisons de retraite, aux orphelins. Ces femmes s’occupent également de foyers pour femmes et enfants en difficulté ainsi que de l’enseignement. Cependant en 1960, les infirmières ainsi que les aides-soignantes laïques vont remplacer les religieuses.


La fin de sa vie ou le retour à une vie laïque


Vers 1958-1959, Sylvette souhaite quitter les ordres. Cela n’a pas été facile. Elle s’était réfugiée dans de la famille où elle s’était cachée. Les sœurs l’ont récupéré et lui ont mené la vie dure. Mais elle finit par y parvenir.


Quelques mois après avoir quitté la compagnie des filles de la Charité le 20 novembre 1960, Sylvette tombe amoureuse. Elle se marie en 1961 à Juvisy-sur-Orge (Essonne) avec Maurice Artoé. Elle est âgée de 38 ans. Elle n’était pas faite pour les ordres, c’était plutôt une rebelle. Son mari a travaillé pour la SNCF. En revanche, elle était faite pour les études. Elle n’aura pas d’enfants. Elle a acheté une propriété à Chef-Boutonne (dans les Deux-Sèvres). Elle a continué à travailler dans une clinique vers Juvisy mais un accident cérébral vasculaire l’obligea à arrêter son travail et à aider les autres. Elle a été très diminuée. Maurice a dû s’occuper d’elle. Elle est décédée à Créteil le 6 mars 1974 à l’âge de 50 ans.


Je tiens à remercier la sœur Annie ainsi que ma cousine Liliane sans elles cet article n’aurait pas été aussi développé.


Edition d’Ophélie

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