• Emilie et Ophélie

Remariages

Mis à jour : 1 déc. 2019

Pour certaines personnes se marier mais quelle idée ! Alors se marier plusieurs fois mais quelle folie ! Je ne jugerai pas, chacun fait comme il veut. Plusieurs de mes aïeux ont choisi de dire « oui » une nouvelle fois. Evoquer les remariages dans un de mes articles était une évidence. Sans le remariage de mon grand-père paternel, je ne serai pas là. J’ai donc mené ma petite enquête au travers de ma généalogie. Entre analyses et anecdotes, je vous propose de partir à la rencontre de 21 de mes ancêtres. Cela reste faible vis-à-vis de la totalité des mariages. Ma généalogie n’est toutefois pas complète et s’enrichit au fur et à mesure de mes découvertes. Sur ces 21 ancêtres : 14 sont des ancêtres directs et 7 sont des collatéraux.


Le profil des remariés


Parmi mes ancêtres ce sont principalement les hommes qui se remarient.


Mes remariés convolent en secondes noces à des âges tardifs : vers 41-45 ans pour les hommes et 46-50 ans pour les femmes. Les hommes ont tendance à se remarier plus tardivement que les femmes. Mon champion est mon ancêtre direct Jean Gaudeboeuf, le tourneur de Navarrenx. Il est âgé de 73 ans quand il se remarie en 1839. Qui dit mieux ?


Le plus jeune est également un ancêtre direct Yves Boulan, âgé de 26 ans en 1706.


Les femmes ont tendance à se remarier plus jeune afin de pouvoir trouver un nouveau prétendant. Trois remariages s’effectuent entre 28 ans et 40 ans. Plus elles sont âgées moins elles auront des chances de trouver chaussure à leur pied.


Avant de se remarier, mes aïeux ont déjà eu l’expérience d’une vie conjugale plus ou moins longue.


Yves Boulan est malheureusement celui qui aura passé le moins de temps avec sa seconde épouse. Leur union n’aura duré que 9 mois. En revanche Marie Gaudeboeuf aura vécu 37 belles années au côté de Pierre Isidore Corgnet. Jean Pierre Boulan sera resté uni à Marie Clotilde Chartier durant 31 ans. Louis Gimel sera resté en couple un peu moins de 30 ans. Mon arrière-grand-mère maternelle Yvonne Azéma aura vécu au côté de Jean Marie Georges René Gimel pendant 24 ans.


A partir du XIXe siècle, la célébration des anniversaires de mariage apparaît.


Les années de mariage sont associées à une matière qu’elle soit végétale, animale ou minérale, une fleur, un arbre ou un métal.


Nos couples qui se remarient respectent -ils les interdits religieux pour choisir la date de leur prochain mariage ?


On prendra en considération le temps clos du Carême (23 mars -25 avril) et de l’Avent (30 novembre-6 janvier).


Yvonne Jeanne Azéma n’a pas respecté le temps clos de l’Avent mais au XXe siècle, les interdits religieux ne sont plus autant suivis. Par contre à l’époque de Jean Pierre Boulan les interdits étaient davantage suivis. Ce dernier s’est remarié un 3 décembre 1814. La majorité de mes ancêtres ont respecté ce temps clos.


Dans la semaine, l’église n’interdit que les célébrations le dimanche. Jacques Coignard s’est marié un dimanche 1809 avec Marie Madeleine Duhamel. Raymond Larqué Laborde en a fait de même le 7 février 1802 avec Grace Casajus. Il s’agit là de mariages civils, le mariage religieux a pu se faire le lendemain ou quelques jours plus tard.


Le vendredi journée néfaste (c’est la mort du Christ) est exclu car c’est également un jour maigre empêchant les banquets. Louis Gimel n’aurait pas respecté cette interdiction, il se serait marié un vendredi 11 mai 1804.


La majorité de mes ancêtres étaient donc respectueux de ces interdictions religieuses.

Les remariages dans le temps


Je constate des remariages plus importants aux XIXe et XXe siècles dans ma généalogie. Cela reste des exemples isolés ce n’est donc pas représentatif de la réalité des remariages en France à ces siècles-là.

Du milieu du XVIIe siècle jusqu’au milieu du XVIIIe siècle, le taux des remariages reste élevé dans l’ensemble de la France bien que cela ne soit pas visible dans ma généalogie. Du milieu du XVIIIe siècle jusqu’à la fin du XIXe siècle le remariage demeure un phénomène important mais commence à s’atténuer.




On voit clairement apparaître grâce à ce graphique que les femmes de ma généalogie ne se sont remariées qu’au XXe siècle. Elles ont d’ailleurs été plus nombreuses que les hommes. Au fil de mes recherches cela pourra légèrement évoluer.


On peut alors se demander qu’elles étaient les causes qui ont conduit mes ancêtres à se remarier.


Les causes des remariages :


Sans surprise, la cause principale de ces remariages est le décès de son conjoint. Ce n’est que plus tardivement que le divorce devient une cause secondaire.


  • Le veuvage

La mortalité rompt prématurément de nombreuses familles. Jusqu’à 40 ans, il existe une forte mortalité de la femme. Beaucoup de femmes meurent également en couches. Après 40 ans, ce sont les hommes qui sont les plus touchés. Cette surmortalité est due à une vie de travaux pénibles. Le décès du conjoint libère de l’engagement religieux pris lors du précèdent mariage.


Les premières épouses de mes ancêtres meurent avant 35 ans et également entre 35 et 45 ans. Jeanne Lavigne épouse de Raymond Larqué semble être la plus jeune elle était âgée de 24 ans. Marie de Tisil et Anne Perdrix étaient toutes les deux âgées de moins de 30 ans. Marie Madeleine Hermier épouse de Prosper Nicolas Lefebvre est morte à l’âge de 34 ans.


Suite au décès de leur premier conjoint, on peut se demander quel est le délai entre le veuvage et le remariage ?


Yves Boulan se remarie 2 mois après le décès de sa deuxième épouse Anne Perdrix. Raymond Larqué ne perd pas de temps non plus, il est de nouveau un homme marié au bout de 4 mois. Jacques Coignard prévoira un délai de 5 mois après le décès de Marie Thérèse Deperroir. Pierre Gaudeboeuf se remariera au bout d’un an. Jean Pierre Boulan attendra un an et 4 mois. Jean Gaudeboeuf mettra 7 ans avant de se remarier. Gabriel Gaudeboeuf patientera 11 ans.


Les femmes veuves attendent entre deux ans et demi et 10 ans pour se remarier.


A n’importe quelle époque l’homme veuf se remarie plus vite que la femme veuve. Il faut dire qu’à moyen financier égal l’homme veuf a plus de chance de se remarier que la femme veuve.


Aux XIXe-XXe siècles, le délai de veuvage-remariage s’accroît beaucoup que ce soit pour les hommes ou pour les femmes.


J’ai pu constater que peu de femmes dans ma généalogie s’étaient remariées pourtant j’ai plusieurs veuves. Pourquoi les femmes ne se remarient pas ? Quel était le statut des veuves ?


Dans la société d’Ancien Régime une femme seule avec des enfants était fort mal considérée. La perte d’un mari avait des répercussions sociales, économiques et psychologiques chez une femme. On ne reconnaît pas son existence en dehors du cadre de la famille. Une femme veuve jeune (moins de 25 ans) avait plus de chances de contracter une nouvelle union qu’une femme plus âgée. Les veuves constituent un groupe important aussi bien en ville que dans les villages. Pour ces veuves ne pas se remarier était peut-être une stratégie. Une femme veuve n’est plus sous la puissance du mari ni de sa famille. En se remariant elle retourne à son état d’éternelle mineure comme je vous l’ai expliqué dans mon article sur « Divorcer » au siècle des Lumières. Ainsi plusieurs de mes ancêtres bien que veuves ne se sont pas remariées comme Elisabeth Corral et Noélie Héris que j’ai déjà évoqué. Pour la première fois ces femmes avaient une capacité juridique. L’étude des veuves pourra faire l’objet d’un futur article.


Les hommes n’ont pas les mêmes contraintes et peuvent donc enchaîner les alliances.


  • Le divorce

A partir de la fin du XIXe siècle et le début du XXe siècle, apparaissent sur le marché matrimonial, les divorcés. Le divorce est plus présent dans les villes qu’à la campagne.


Louise Rachel attend 25 ans après son divorce pour pouvoir se remarier. C’est le délai le plus long que j’ai pu trouver. Andrée Gabrielle Azéma n’attend que 1 an et 4 mois pour convoler de nouveau.


Au XXIe siècle, le nombre de divorcés n’a cessé d’augmenter et les remariages se sont également multipliés.


Le profil des personnes qu’ils épousent


Les hommes veufs seront désignés comme ceci HV, femmes veuves (FV), hommes divorcés (HD) et les femmes divorcées (FD). S’ajouteront les Femmes célibataires (FC) et les hommes célibataires (HC)


Les unions entre un HV et une FV sont assez faibles, moins de 15 %. Les remariages entre un veuf et une célibataire sont les plus fréquents.


En règle générale les femmes épousent rarement des hommes célibataires. Le taux est en effet faible. Elles ont plus de chance dans la catégorie des hommes veufs ou divorcés. Pour mes aïeules les alliances avec des hommes célibataires concernent uniquement les plus jeunes. Andrée Azéma a ainsi 31 ans quand elle épouse Henri Bouffard alors âgé de 25 ans.


Ce qui nous amène à nous poser la question quel âge avait leurs promis ?



Les conjoints ont majoritairement moins de 30 ans. Pour les hommes les nouvelles épouses sont souvent bien plus jeunes qu’eux. Pour les hommes qui se remarient, on constate que 80 % des nouvelles épouses sont plus jeunes. Les hommes choisissaient des épouses plus jeunes afin de pouvoir avoir une descendance. L’espoir d’une union féconde. En revanche Jean Pierre Boulan n’hésite pas, il épouse une femme plus âgée que lui avec un écart de 9 ans.


Il existe un vrai marché matrimonial des remariages. Ces personnes à nouveau sur le marché matrimonial font de la concurrence pour les jeunes célibataires. Il est ainsi très mal vu qu’un homme âgé épouse une femme bien plus jeune que lui. Ces secondes noces peuvent donner lieu à des manifestations d’hostilité qui prennent la forme de charivaris (tapages nocturnes, violences). Parfois, les époux sont obligés de se marier dans une autre paroisse.


La différence d’âge est parfois importante comme j’ai pu le constater dans mon étude. Jean Gaudeboeuf a 73 ans quand il se remarie avec Jeanne Colomès alors âgée de 24 ans. L’écart est de 49 ans. Il y a également une différence de 30 ans entre Louis Gimel et Marie Sinsou qui est âgée de 31 ans. Grace Casajus épouse Raymond Larqué, un homme veuf de 27 ans son aîné.


En revanche une femme qui contracte une nouvelle union le fait à 60 % avec un homme plus âgé qu’elle. La différence d’âge est moins importante de 4 à 13 ans. Gabrielle Célina Labbé est âgée de 48 ans quand elle se remarie avec Louis René Marcellin âgé de 35 ans. Sa fille Andrée Azéma est aussi plus âgée. La différence est de 6 ans avec son époux.


Les raisons du remariage


Les remariages comme les mariages peuvent être soumis aux pressions de la famille mais les raisons demeurent très diverses.


  • Un élan du cœur

Pour mon grand-père paternel, ce sont les sentiments qui ont entrainé ce remariage. Vu les mots que j’ai pu lire sur des cartes qu’elle a envoyées à son mari, Andrée Gabrielle Azéma est tombée amoureuse d’Henri Bouffard.


  • Des contraintes familiales et matérielles.

Pour certaines personnes se remarier permet de résoudre les problèmes de gestion de leurs biens. Pour d’autres comme pour Yvonne Jeanne Azéma son remariage n’avait que pour unique intérêt de payer un beau mariage à sa fille. Mon grand-père maternel n’a pas apprécié du tout que sa mère se remarie. Il était alors âgé de 14 ans et était le seul homme à la maison. C’est au détour d’un acte que nous avons découvert cette seconde union avec un tailleur d’habits. Mon grand-père ne nous en avait jamais parlé jusqu’au jour où ma mère lui dit en lui présentant l’acte en question « Dis-donc papa ta mère s’était remariée et tu nous l’as jamais dit ». Mon grand-père ronchonna et nous dit « oui c’était son gonze ». Heureusement qu’il y avait ma grand-mère pour nous fournir plus de renseignements car malgré son âge il en voulait énormément à sa mère.


  • Les enfants à charge

Jean Gaudeboeuf s’est remarié car il avait des enfants encore en bas âge notamment mon AAAGP, Pierre Gaudeboeuf alors âgé de 6 ans. Prosper Nicolas Lefebvre se trouve également dans la même situation.


Un père veuf devait trouver une mère de remplacement pour ses enfants. Sans femme le mari se retrouvait désemparé car il ne pouvait pas faire son travail en plus des soins aux enfants, de la cuisine, du jardin et potager…des tâches considérées comme féminines.


Une jeune veuve sans enfants trouvera plus rapidement un autre conjoint qu’une femme de plus de 30 ans avec enfants à charge. Il y a donc une différence en fonction du sexe.


  • Avoir une descendance.

Pierre Gaudeboeuf n’ayant eu aucune descendance durant ses 11 ans de vie commune avec Marie Lembeye espère avoir des héritiers avec Elisabeth Corral. Il en est de même pour Yves Boulan. Anne le Monnier lui donnera ainsi plusieurs enfants.


  • Rompre la solitude.

Jean Pierre Boulan se sentait seul. Ainsi en 1807, il est âgé de 57 ans quand il se remarie avec Aimée Mandelle alors âgée de 66 ans. Quand on vieillit on peut se sentir seul et il est plus facile de partager ce moment à deux.


Des remariages successifs ?


On peut rencontrer des hommes veufs contractant 3 et parfois 4 mariages après des veuvages forts brefs du fait d’une période de forte mortalité. Vous avez déjà entendu le mot « veuve noire » désignant plusieurs mariages à la suite de plusieurs décès. Yves Boulan aurait pu être considéré comme « un veuf noir » à cause de ses remariages rapprochés. Le 27 juillet 1705, il épouse Marie de Tisil. Cette dernière décède le 26 juillet 1706. Leur union n’aura duré que 1 an. Le 14 octobre 1706, il épousa en secondes noces Anne Perdrix. Le sort s’acharne puisqu’elle meurt le 24 juillet 1707. Finalement, le 4 octobre pour son troisième et dernier mariage, il épouse mon ancêtre directe Anne le Monnier. Jean Pierre Boulan s’est marié également trois fois. Les deux remariages n’avaient que pour unique but de rompre la solitude de sa vieillesse. Et puis il ne faudrait pas oublier Jean Gaudeboeuf. Je dirai que c’est un papi un peu fripon. Du haut de ses 73 ans, il s’est marié avec une petite jeunette à qui il a fait au moins un enfant. Cet enfant il ne le verra jamais grandir puisqu’il meurt 5 ans après sa naissance.


Deux ou trois mariages…pourrait-on dire que certains AGP ont presque été polygames ?


Et vous, avez-vous eu des ancêtres qui se sont remariés plusieurs fois ? Avez-vous poussé vos recherches pour en connaître les différentes causes et raisons ?


Edition d’Ophélie

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